Pratique
13/02/2024
Aménagement, urbanisme, logement Environnement Santé

Équipements publics. Diminuer les décibels

Coûteuses pour la société, les nuisances sonores doivent être limitées dans les espaces collectifs.

Plus de 155 milliards d’euros. Tel est le coût social représenté par le bruit chaque année selon une étude de l’Ademe (Agence de la transition écologique) et du Conseil national du bruit (CNB). Le trafic routier et les bruits des transports représentent plus des deux tiers de ce coût.

Afin de prévenir ce genre de nuisances, plusieurs documents locaux peuvent être adoptés, à l’exemple des cartes de bruit stratégiques (CBS), des plans de prévention du bruit dans l’environnement (PPBE) ou encore, pour les collectivités concernées, des plans d’exposition au bruit des aérodromes (PEB).

Les bruits générés par les activités professionnelles et ceux subis au sein des environnements de travail représentent encore à eux seuls un coût d’environ 50 milliards d'euros par an.

Plus inquiétant, selon une étude de l’association Journée nationale de l’audition, près de la moitié des actifs en poste (45 %) considèrent aujourd’hui que le bruit au travail a au moins une répercussion pour leurs oreilles au quotidien. Gênes de compréhension, sifflements ou bourdonnements en raison des expositions sonores, fatigue, lassitude, irritabilité, stress…

Les agents publics, tout comme les usagers des équipements collectifs, ne sont pas épargnés par les nombreuses nuisances sonores qu’il revient aux collectivités publiques de limiter au titre de la santé publique. Plusieurs solutions peuvent être mises en place en fonction des circonstances locales.
 

Mesures matérielles

La réverbération du son constitue un problème important. Des salles de réunions aux équipements culturels et sportifs, en passant par les espaces de restauration collective, les mesures matérielles susceptibles d’être mises en œuvre pour maîtriser l’environnement sonore sont nombreuses. À commencer par les incontournables parois d’isolation phonique.

Pour les équipements neufs, les cloisons fixes adaptées s’imposent dès la conception de l’espace (bureau, salle de réunion, équipement sportif ou autre). Ces dispositifs se présentent, le plus souvent, sous la forme de plaques de revêtement obstruées. Espacement et profondeur des perforations correspondent à un savant calcul pour parvenir à la réduction espérée des décibels.

Toujours sur la même idée de cloisons perforées, d’autres dispositifs allient parement en acier et laine de roche afin de proposer des panneaux en grande longueur pouvant être installés horizontalement ou verticalement.

Pour les espaces déjà existants, il est toujours possible d’envisager l’installation de cloisons acoustiques mobiles, voire d’écrans de séparation. Une réponse certes temporaire qui constitue cependant une solution modulable et économique pour diminuer les désagréments sonores. En fonction de la taille, compter entre 500 et 1 000 euros pour ce type de dispositif, plusieurs cloisons pouvant être nécessaires selon la surface à isoler.

Parmi les espaces collectifs les plus bruyants gérés par les communes, difficile de ne pas spontanément penser aux cantines scolaires. Selon l’Ademe, leur niveau sonore moyen atteint 85 décibels, soit le seuil de risque auditif.

Afin de limiter ces nuisances, outre les cloisons insonorisantes et l’agencement matériel des équipements, c’est une toute nouvelle solution de «vaisselle silencieuse » qui vient d’être récompensée lors du concours des Décibels d’or 2024 (https://decibels-or.bruit.fr) organisé par le CNB.

Développé par une entreprise girondine, son concept a été testé avec succès dans les cantines de Talence mais également dans des maisons de retraite. À signaler aussi parmi les lauréats de ce concours, une solution de «panneaux sandwich isolants », développée par une entreprise française, permettant de réduire les niveaux de bruit et d’améliorer la qualité sonore des espaces.
 

Sensibilisation pédagogique

S’agissant encore des cantines, la métropole Nice Côte d’Azur (06) a récemment été primée pour sa politique de lutte contre le bruit avec des afficheurs pédagogiques «communicants ». «Cet afficheur mesure en temps réel le niveau sonore et donne aux surveillants, au personnel et aux enfants, une indication du niveau de bruit, en affichant une alerte de type “feu rouge”, soit un pictogramme, ou encore le niveau sonore exprimé en décibels », explique l’intercommunalité niçoise.

Les données ainsi collectées renseignent une plateforme de visualisation et d’analyse afin de déterminer les mesures à mettre en œuvre.

En Haute-Loire, c’est une opération baptisée «Tout doux le bruit » qu’a souhaité mettre en place le service de la petite enfance de la Communauté d’agglomération du Puy-en-Velay. Afin de rendre concrète la nécessité de lutter contre le bruit, des panneaux visuels de type «feux tricolores » ont été positionnés dans différents espaces agrémentés de têtes de smiley afin de rendre les tout-petits acteurs dans la diminution des nuisances sonores.

Enfin, parce que mieux vaut prévenir que guérir, la collectivité peut privilégier la concertation. La mairie du 17e arrondissement de Paris s’est ainsi dotée d’un comité local de lutte contre le bruit (CLLCB). But de cette démarche : réunir des riverains, des élus, des représentants d’associations et des professionnels pour les faire travailler ensemble sur les solutions concrètes à mettre en œuvre localement. Une démarche gratuite qui présente l’avantage de sensibiliser et de responsabiliser tous les acteurs.

Pour en savoir plus sur le bruit et les mesures qui peuvent être mises en œuvre pour lutter contre les nuisances sonores, les élus et leurs services peuvent consulter le site du Centre d’information sur le bruit (CidB) qui présente de nombreuses informations pratiques (www.bruit.fr).

 

Par Christophe Robert
n°420 - FÉVRIER 2024