Pratique
30/01/2026
Communication Élections IA, Numérique, réseaux sociaux

Municipales 2026 : prévenir l'ingérence numérique étrangère

À l'approche des élections, les équipes de campagne doivent prendre la mesure des menaces extérieures qui pourraient perturber la sincérité des débats et du scrutin.

En 2024, Viginum, le service chargé de détecter les ingérences numériques étrangères, a identifié 25 tentatives visant les scrutins français. À l’approche des élections municipales des 15 et 22 mars 2026, Viginum diffuse un guide de sensibilisation visant à «Protéger le débat public numérique en contexte électoral » (www.sgdsn.gouv.fr). Les opérations de déstabilisation, principalement d’origine russe, chinoise ou iranienne, visent à décrédibiliser le processus électoral, polariser le débat sur des sujets sensibles, saper la confiance dans les médias et/ou nuire à la réputation de candidats. Plusieurs techniques, exemples à l’appui, sont décryptées dans le guide.  
 

I - Décontextualisation d’images

Cette technique consiste à utiliser des photos ou vidéos réelles sorties de leur contexte ou antidatées. Lors des élections législatives françaises de 2024, d’anciennes vidéos de violences urbaines ont été présentées comme la conséquence directe des résultats électoraux.

Cette manipulation joue sur l’émotion et se diffuse rapidement sur les réseaux sociaux car les images sont crédibles. Elle est particulièrement efficace en période électorale pour créer un climat de tension ou associer un camp politique à des désordres.  
 

II - Faux sites d’information

La presse quotidienne régionale (PQR) bénéficie d’un capital de confiance que les acteurs malveillants exploitent. En septembre, NewsGuard (société spécialisée dans la fiabilité de l’information) a recensé 139 faux sites français liés à des réseaux pro-russes, dont une quinzaine imitent la PQR. Ceux-ci peuvent être la réplication d’un média existant avec une URL légèrement modifiée (sud-ouest.fm au lieu de sudouest.fr) ou une création avec un titre proche (Sud-Ouest Direct). Ces sites mêlent dépêches de l’Agence France Presse (AFP) authentiques et contenus trompeurs, rendant leur détection difficile. Ils peuvent publier de fausses accusations contre des élus ou amplifier des rumeurs.  
 

III - Faux comptes

Les réseaux de faux comptes (bots, trolls), utilisant parfois des mots-clefs détournés, amplifient artificiellement des messages polarisants en les republiant massivement. Cette technique dite «d’astroturfing » donne l’illusion qu’un sujet est massivement discuté alors qu’il émane de quelques comptes coordonnés. Ces comptes peuvent être utilisés pour relayer des hypertrucages vidéo ou deepfakes, désormais très faciles à produire (lire notre article). Ceux-ci permettent de faire dire à un élu ce qu’il n’a jamais dit pour nuire à sa réputation ou orchestrer des arnaques.  
 

IV - Perturbation du scrutin

Les acteurs malveillants peuvent tenter de perturber le déroulement des opérations de vote. Il peut s’agir de fausses dates de vote, de fausses procédures (documents à apporter, horaires modifiés) ou d’allégations de fraude pour faire douter de la sincérité du scrutin. Lors des élections générales espagnoles de 2023, des acteurs pro-russes avaient relayé de fausses alertes terroristes et prétendu que des bulletins de vote étaient truqués. Ces opérations visent à réduire la participation électorale et à décrédibiliser les processus démocratiques.  
 

V - Réagir activement

En amont des élections municipales de 2026, Viginum préconise de sensibiliser les équipes de campagne aux risques et d’identifier les sujets sensibles (projets controversés, débats polarisants). Une veille est ensuite indispensable (réseaux sociaux, sites locaux…).

En cas de contenu suspect, le premier réflexe est de vérifier l’URL et de croiser l’information avec des sources fiables. Il ne faut jamais relayer une information non vérifiée, même pour la dénoncer ou s’en indigner : cela amplifie sa diffusion. Il convient de signaler systématiquement les contenus suspects aux autorités compétentes (lire ci-dessus).

Enfin, il est utile d’organiser des exercices de gestion de crise simulant une attaque informationnelle pour préparer l’équipe de campagne à réagir rapidement et efficacement.
 

Les contacts utiles
. Viginum détecte les campagnes de manipulation impliquant des acteurs étrangers (États ou entités non-étatiques) et relaiera les menaces par les canaux officiels. www.sgdsn.gouv.fr
. Pharos : la plateforme www.internet-signalement.gouv.fr permet de signaler les contenus illicites en ligne (appel à la haine, diffamation, usurpation d’identité, escroquerie).
. Arcom : l’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique est compétente pour les contenus trompeurs ou manipulés sur les plateformes numériques.
. Police/gendarmerie : la gendarmerie dispose de «référents cyber » formés à ces questions auprès desquels peut être signalée toute suspicion de fraude électorale ou d’infraction au Code électoral.

 
Lire aussi notre dossier dédié à la " Cybersécurité " 

Par Olivier Devillers
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