La sinistralité climatique a été en 2025 " très inférieure aux autres années ", explique Patrick Blanchard. Pour mémoire, elle avait été de 100 millions d’euros en 2022, de 40 millions en 2023 et en 2024. Elle est de 17 millions en 2025.
Par ailleurs, " il y a eu une prise de conscience de tous ", rappelle-t-il, " de la part des autres assureurs, des collectivités, de l’État. Le Roquelaure de l’assurabilité des collectivités a inscrit le sujet au niveau politique et nous sommes en phase " avec ce qu’il en est ressorti comme le dispositif CollectivAssur, qui permet à toute collectivité d’appeler à l’aide en cas de difficulté à trouver un assureur.
Cette cellule a également un rôle d’observatoire qui " a permis de donner une réalité sur l’inassurabilité, constate Patrick Blanchard. À fin février 2026, il y avait eu 126 saisines, dont 75 en parcours d’urgence. Parmi elles, 30 collectivités n’avaient pas d’assurance. Smacl Assurances a eu moins de 5 saisines… Nous ne sommes plus dans un phénomène large ".
La mise à jour du guide de passation des marchés publics qui encourage l’utilisation des marchés négociés plutôt que les appels d’offres (interdisant tout contact entre assuré et candidats assureurs) commence à produire quelques effets. Les échanges autorisés dans le cadre de la passation de ces procédures permettent d’ajuster davantage les cotisations aux risques réels.
Les relations avec les assurés se sont apaisées du fait d’une meilleure communication avec eux, de la réforme des franchises catastrophes naturelles (plafonnées désormais à 10% du montant du sinistre et non plus fixées à 2 millions d’euros). Smacl Assurances a révisé sa stratégie pour ne plus se retrouver en quasi-monopole dans certaines zones géographiques à risques, travaille pour améliorer la connaissance et la prévention des risques avec les collectivités et pousse à l’adaptation du patrimoine au changement climatique.
Sur ces points, les marges de progression restent importantes aussi bien pour l’assureur que pour les collectivités. " Nous constatons une méconnaissance des patrimoines. Or un assureur fait une majoration de cotation du risque s’il ne le connaît pas, prévient Patrick Blanchard. D’où la nécessite de se parler ".
Enfin, " la concurrence est revenue. Le marché est plus sain depuis 2025. On le voit surtout sur les grands comptes et sur les flottes automobiles pour lesquels trois à quatre assureurs répondent [maintenant]. [Ces candidats] sont des assureurs classiques [du marché des collectivités], il y en a aussi de nouveaux. Il n’y a pas de dumping tarifaire ", analyse Françoise Peronnet, directrice générale déléguée de Smacl Assurances.
La prudence reste toutefois de mise car 2025 pourrait avoir été une année à part. Les tempêtes et inondations du début 2026 ont déjà occasionné 7 millions d’euros de dégâts sur le seul premier trimestre, concentrés pour moitié sur trois départements en ce qui concerne le portefeuille de l’assureur.
Patrick Blanchard et Françoise Peronnet ont alerté sur les " futurs foyers inassurables ", situés dans " des zones noires " comme le littoral où le trait de côte est grignoté " plus rapidement qu’on pouvait l’imaginer ". L’entretien des digues pose aussi question pour les petites communes rendues responsables : " il y a une disproportion entre le risque de submersion et les moyens ", notamment financiers via la Gemapi. La situation budgétaire des collectivités inquiète l’assureur. " Certaines collectivités choisissent l’auto-assurance. Nous la préconisons en effet pour les petits sinistres. Mais pour les gros, nous recommandons plutôt la mutualisation " des risques entre plusieurs assureurs, précise le directeur général de la société. Traduction : l’auto-assurance en cas de gros dégâts peut ne pas permettre de réparer.
Autre gros sujet à enclencher pour les dirigeants de Smacl Assurances : le fonds de garantie en cas d’émeutes, prévu par la loi de finances 2026 mais pour lequel les décrets d’application ne sont pas encore publiés (ils pourraient l’être d’ici l’été pour une mise en vigueur au 1er janvier 2027). " Nous avons milité pour ce fonds. Nous allons tout faire pour qu’il soit mis en place. Les collectivités sont aujourd’hui trop exposées ", indique Patrick Blanchard. La compagnie s’est, elle, protégée en instituant des franchises élevées sur ce risque. Elle ne souhaite pas revivre un épisode semblable à l’année 2023 qui l’avait mise en difficulté. " Si un tel épisode se renouvelait aujourd’hui, le coût pour nous serait divisé par quatre ", révèle la direction qui estime donc "primordial" la mise en place du fonds.