« Nous étions deux territoires avec des trajectoires politiques différentes, cohabitant mais sans travailler ensemble », résume, en mars, Pierre Cuny, maire de Thionville à la tête de la nouvelle agglomération. Le constat partagé avec Michel Liebgott, ancien président du Val de Fensch, était sans ambiguïté : leurs deux territoires ne constituent qu’un seul bassin de vie avec une mobilité professionnelle importante entre les territoires.
L’enjeu transfrontalier a aussi beaucoup pesé : sur les 125 000 Français se rendant quotidiennement au Luxembourg, 50 000 proviennent de la nouvelle agglomération.
« La population était en avance sur les élus », reconnaît Pierre Cuny. Selon lui, «il est impératif de créer des espaces politiques qui correspondent aux espaces de vie ». Mobilité, attractivité, emploi et formation, santé, transition écologique, reconversion de 400 hectares de friches industrielles… Les défis étaient identiques.
« De plus, nous partagions les mêmes compétences, enjeux territoriaux et problématiques de gestion », ajoute l’élu. Le rapprochement ne s’est pas fait en un claquement de doigts.
« Dès mon élection en 2016, je me suis immédiatement tourné vers le Val de Fensch. Nous avions la même volonté de travailler main dans la main », explique-t-il. Malgré cette impulsion, de nombreux élus restaient encore réticents.
La concertation passe donc à la vitesse supérieure fin 2021, avec l’annonce officielle de la fusion à réaliser avant le scrutin de mars 2026. Deux années de débats acharnés se déroulent au sein de la conférence des maires. L’analyse des bureaux d’études confirme la cohérence du projet, estimant qu’il aurait dû voir le jour plus tôt. Les 23 conseils municipaux sont également consultés ainsi que les acteurs socio-économiques. La commission départementale de la coopération intercommunale (CDCI) donne un avis positif à l’unanimité, fait rare.
En parallèle, les échanges se multiplient entre les deux présidents, leurs directeurs généraux des services et de cabinet. Un dialogue social soutenu est engagé pour rassurer les agents, inquiets pour leurs postes. Après les élections de 2020, de nouveaux maires sont plus favorables à la fusion. Lors du vote, 20 maires se prononcent pour, 3 contre. «Soit 90 % des habitants », salue Pierre Cuny. De son côté, l’État accompagne le mouvement. Dès 2017, le préfet avait dit oui. Un appui déterminant pour sécuriser le processus.
La véritable difficulté demeure technique. Avant le vote définitif du 18 décembre 2025, il a fallu anticiper les conséquences, notamment pour la fusion des quatre syndicats (mobilité, SCoT, déchets, eau), et harmoniser les organisations. Depuis 2022, chaque recrutement est pensé à l’aune de l’existence ou non du poste dans l’autre communauté d’agglomération. Les audits révèlent un solide environnement économique et financier avec des budgets, des taux de fiscalité et d’endettement assez proches, facilitant l’alignement et le travail de fusion.
Le projet vise-t-il à faire des économies ? «Pas vraiment, répond Pierre Cuny. Il s’agit avant tout de financer des projets. » Avec un budget global estimé entre 250 et 300 Me en fonctionnement et en investissement, la nouvelle agglomération change d’échelle. Des économies apparaîtront mécaniquement. Mais l’enjeu dépasse la seule rationalisation budgétaire et vise avant tout à renforcer l’identité et l’attractivité du nord mosellan.