« Nous sommes en 2022, dans la nuit du jeudi 11 au vendredi 12 août. Je suis à l’étranger lorsque je reçois un appel d’urgence. Un incendie de grande ampleur a démarré sur la commune, dans un secteur de la forêt de Brocéliande. Les pompiers sont à pied d’œuvre depuis une heure du matin. C’est un secteur où des feux ont déjà eu lieu, et il faisait, ces dernières semaines, un temps très sec. Je décide de rentrer et suis tenue informée au fil des heures.
Sur place, la réserve communale a été alertée et le service départemental d’incendie et de secours (SDIS) suggère de prévoir des lieux pour accueillir des populations évacuées. Tous les élus présents sont mobilisés. Les pompiers peuvent disposer d’eau dans l’étang communal prévu à cet effet. J’imagine tous les scénarios et j’ai hâte d’être sur place. »
« En cours de route, je pense en priorité à la population. Mon équipe s’en occupe admirablement. Conseillers et adjoints se sont répartis les rôles et, avec les bénévoles, ils ont pris en charge le relogement des personnes évacuées et la logistique. Je m’insère dans ce dispositif et, à distance, me concentre sur la communication.
En lien avec le commandement des pompiers, je deviens l’interlocutrice en ligne des habitants, surtout via Facebook, qui ont besoin d’être rassurés. Certains sont très angoissés. Dans la salle polyvalente, un dortoir accueille une centaine de personnes, y compris de villages voisins. Il y a même des sœurs d’une abbaye.
Par ailleurs, le gymnase héberge les infirmiers et médecins qui veillent sur les pompiers. Les élus suivent l’avancée du sinistre, ravitaillent les soldats du feu et les évacués, informent les médias, coordonnent les aides spontanées, etc. »
« Dimanche 14 août, après 72 heures de lutte, le feu est “ fixé ”. Les pompiers l’ont vaincu. La pluie et une baisse de température ont fait le reste. Près de 400 hectares sont calcinés.
Le lundi, j’arrive. J’ai mal au cœur devant ce panorama dévasté. Mais nous allons replanter. Je garde deux choses à l’esprit : l’utilité des expériences passées. En 1990, un incendie avait sévi et nous avait permis de comprendre l’importance de mieux coordonner le soutien aux pompiers. Nous avons sans doute eu de meilleurs réflexes. Et l’élan de solidarité qui a animé la population.
Sitôt les sirènes en alerte, des habitants sont arrivés, le coffre plein de nourriture et de boissons, le boulanger a apporté des viennoiseries, les riverains ont accueilli les sinistrés… Magnifique ! Ce furent des jours de combat, avec peu de répit. Mais cette entraide a été décisive pour le moral de tous. »