Solutions locales
06/07/2026
Aménagement, urbanisme, logement Environnement

Renaturation : replacer le vivant au coeur de l'aménagement

À l'heure de la sobriété foncière et de la transition écologique, replacer les sols au cœur des stratégies est une évidence de plus en plus partagée.

Après avoir acquis des terrains le long de la Sente des Rivières, Montivilliers (76) a conçu un parc avec, notamment, des jeux inclusifs, et restauré des zones humides où 1 145 arbres ont été plantés.
La renaturation des sols consiste à mener «des actions ou des opérations de restauration ou d’amélioration de la fonctionnalité d’un sol ayant pour effet de transformer un sol artificialisé en un sol non artificialisé » (article L. 101-2-1 du Code de l’urbanisme).

Les collectivités développent des projets en ce sens, leur permettant notamment d’équilibrer leur consommation foncière au regard de l’objectif du zéro artificialisation nette (ZAN) d’ici à 2050 fixé par la loi du 22 août 2021.
 

. Communauté de communes d’Erdre & Gesvres (Loire-Atlantique, 12 communes, 68 000 habitants)
Transformer une friche ferroviaire en voie verte  

Dans une zone rurale en périphérie de Nantes, une ancienne voie ferrée de 26 km s’apprête à devenir une voie réservée aux mobilités douces. Reliant La Chapelle-sur-Erdre à Blain, elle traverse six communes et fait le lien entre trois collectivités dont la communauté de communes d’Erdre & Gesvres. Son président, Sylvain Lefeuvre, explique : «L’est du territoire était déjà bien desservi en itinéraires cyclables structurants. À l’ouest, le territoire est moins dense : utiliser cette voie permettait de desservir trois nouvelles communes de notre territoire, en les reliant à Nantes et Blain au nord. » Le projet permet ainsi de favoriser les mobilités douces pour les déplacements du quotidien et le tourisme.

La communauté a misé sur une large concertation. «Nous avons d’abord pris contact avec les riverains de l’ancienne voie ferrée – une vingtaine d’exploitants agricoles, des associations de chasse et équestres. L’objectif était de prendre en compte tous ces usages au préalable », raconte Lucille Morio, chargée de mission «concertation itinéraires cyclables ». Le grand public a été associé via un questionnaire. Plus de 900 contributions ont été recueillies grâce à des panneaux installés le long du tracé avec des QR codes.

Signe de l’adhésion au projet, seules trois contributions évoquaient un retour du train. Quatre réunions publiques ont ensuite rassemblé près de 200 participants. Des échanges qui ont permis d’affiner les choix techniques (revêtements). En parallèle, la communauté a renforcé son service de location de vélos électriques, porté à 350 vélos dont des vélocargos. «Nos vélos, pucés, parcourent 20 000 km par mois : c’est ça de moins pour la voiture ! », se réjouit Sylvain Lefeuvre. Pendant ce temps, sur les bords de l’Erdre, le retour du castor fait la joie de tous. www.cceg.fr
 

. Montivilliers (Seine-Maritime, 15 871 habitants)
Créer un parc-jardin en restaurant une zone humide

À Montivilliers, près du Havre, la promenade de la Sente des rivières a retrouvé de sa superbe. Depuis 2024 et après deux ans de travaux, un parc-jardin éponyme prend ainsi place sur 2,5 hectares entre deux bras de la Lézarde, rivière de 14 km sujette à des crues. Pensé pour tous les publics, le parc comprend jeux inclusifs, parcours de santé et jardins potagers partagés, pontons en bois accessibles. Pour reconquérir cette friche, la commune a préempté les terrains en 2020 et évacué près de 600 tonnes de déchets du premier chantier.

Avec un cabinet paysagiste, la commune a choisi de préserver le plus possible les espèces et essences déjà présentes : roselières, arbres anciens et zones humides. Les aménagements – les pontons notamment – ont été conçus pour contourner ces éléments. «Il ne s’agissait pas d’arriver avec un plan, mais d’appréhender le milieu naturel pour dessiner autour de ces aménagements », précise le maire de Montivilliers, Jérôme Dubost. Au total, 1 145 arbres ligneux et 670 arbustes de haies champêtres ont été plantés. 36 espèces d’oiseaux sont observables, dont deux nouvellement apparues : la Bouscarle de Cetti et un couple de martins-pêcheurs.

Situé en zone inondable, entre la rivière et un bassin hydraulique, le parc sert également de zone tampon lors des crues. En 2023, lors de fortes inondations, il a ainsi absorbé une partie des eaux. Quatre prises d’eau permettent aussi de réguler les niveaux. Soutenu par la région, le département et l’Europe (1 M€), le projet a valu à la commune le label «Territoires engagés pour la nature » depuis 2020 et le Prix national du génie écologique 2024, spécial «milieux urbains », de l’Office français de la biodiversité (OFB). www.ville-montivilliers.fr
 

. Vaison-la-Romaine (Vaucluse, 5 920 habitants) Restaurer la continuité écologique d’un cours d’eau

Au cœur de la Drôme provençale, la mémoire des crues de l’Ouvèze – en particulier celle, meurtrière, de 1992 – reste vive. Les inondations ont conduit les communes à s’organiser pour gérer les cours d’eau. «Autrefois, chaque commune gérait sa portion de rivière, mais cette méthode s’est révélée inefficace. Peu à peu, des syndicats de rivière ont été créés puis fusionnés pour aboutir à une gestion unifiée, comme celle du Syndicat mixte de l’Ouvèze Provençale (Smop), compétent sur l’ensemble du cours d’eau et de ses affluents », explique le maire de Vaison-la-Romaine, Jean-François Périlhou, également président du Smop, qui exerce la compétence Gemapi (gestion des milieux aquatiques et prévention des inondations).

Le syndicat mène une stratégie sur le long terme, fondée sur une étude hydromorphologique, et sur le court terme, avec des travaux. Intervenir sur les cours d’eau est toujours délicat. «Une gestion équilibrée est nécessaire. Trop de végétation freine l’écoulement et favorise les débordements, tandis qu’un entretien excessif accélère le flux et accroît la dangerosité », indique Jean-François Périlhou. Des travaux de continuité hydrologique et sédimentaire ont été conduits à l’été 2025 sur le Lauzon, affluent de l’Ouvèze et cours d’eau pépinière pour les poissons.

« Il y avait des passages à gué qui étaient sous-dimensionnés, d’où un problème pour la continuité écologique. Avec l’aide d’un bureau d’études, des ponts-cadres, avec des capacités bien supérieures, ont été mis en place. Ils restent submersibles, mais moins fréquemment, pour une protection renforcée des poissons… et des populations », précise Audrey Ceccaldi, directrice du Smop. Un travail de longue haleine, au coût non négligeable – 235 000 euros HT financés à 80 % par l’agence de l’eau, le département et la région. L’épisode méditerranéen de septembre 2025 a confirmé la solidité des travaux : les nouveaux ouvrages ont tenu le coup et la reconstitution de l’habitat de la faune piscicole a bien eu lieu. https://ouveze-provence.fr  

 

Compenser l'artificialisation des sols
Restaurer une zone humide ou un cours d’eau, végétaliser une cour d’école, désartificialiser une route, planter une haie ou réduire l’emprise d’un parking…, de nombreux projets de compensation de l’artificialisation par la renaturation entrent dans le champ de l’objectif zéro artificialisation nette des sols (ZAN), d’ici à 2050.
À partir de 2031, la nomenclature de l’artificialisation des sols (décret n° 2023-1096 du 27 novembre 2023) deviendra la référence pour calculer le solde ZAN (surfaces artificialisées/ surfaces non artificialisées). Depuis 2024, les communes ou les EPCI doivent ­établir, tous les trois ans, un rapport local de suivi de l’artificialisation des sols. 

 

AVIS D'EXPERT
Tarik Yaïche, responsable du secteur d’activité «biodiversité et aménagement » au Cerema
« Des outils d’aide à la décision pour les élus »
« Dans le cadre des solutions fondées sur la nature, nous accompagnons les collectivités en ingénierie et génie écologique grâce à des outils d’aide à la décision.
« Sésame » permet d’identifier les espèces d’arbres adaptées aux projets d’aménagement ou de végétalisation. Au total, 600 essences d’arbres sont ainsi listées afin d’accompagner les démarches «nature en ville » des collectivités.
« Muse » intègre la multifonctionnalité des sols (NDLR : leur capacité à exercer des fonctions écologiques) dans les documents d’urbanisme.
La méthode « Epodes » permet d’identifier le potentiel de désimperméabilisation des sols.
Pour les projets de renaturation-compensation et de sobriété foncière, «UrbanSimul » facilite la réalisation de diagnostics fonciers. Avec ces différents outils, le Cerema intervient afin que les collectivités puissent construire des cartographies et établir des stratégies de long terme. »

 

En savoir + 
. L’Institut de la transition foncière  a développé un «référentiel renaturation », présenté le 12 mai, pour aider à la conception des projets.
. «Renaturer les territoires », guide de la Fédération nationale des agences d’urbanisme, juin 2025 (Fnau),dont la 47e rencontre aura lieu à Caen, du 7 au 9 octobre, avec pour thème «Sous le foncier, des sols vivants ».
. «Renaturer les villes : méthode, exemples et préconisations », guide de l’Agence régionale de la biodiversité d’Île-de-France, 2022.
Par Caroline Reinhart
n°446 - JUIN 2026