Accès aux soins, santé mentale, actions sociales : les inégalités territoriales s'aggravent
L'AMF et la Mutualité Française ont appelé à un « engagement collectif » à l'occasion de la publication du troisième baromètre santé-social, dévoilé le 20 novembre, lors du Congrès de l'AMF.

Le renoncement aux soins en augmentation
C’est particulièrement le cas de l’accès aux soins. Avec, notamment, un nombre d’habitants sans médecins traitant qui atteint 6 millions de Français et une progression de 3 points du nombre de personnes ayant renoncé aux soins (65 %). L’augmentation du dépassement d’honoraires en est l’une des causes, explique Éric Chenut, président de la Mutualité française qui estime que «le doublement des franchises sur les boîtes de médicament ou des consultations médicales ne sont pas à la hauteur des enjeux ». Le «désert médical » affecte désormais 87 % des Français. Et les réponses d’urgence, à l’exemple des consultations solidaires lancées en septembre, restent parcellaires car elles ne touchent que 3,6 % de la population, et aucune zone de montagne ou quartier prioritaire de la politique de la ville, pointe le baromètre.
L’action sociale en panne, du premier au grand âge
Qu’il s’agisse de l’hébergement des personnes âgées dépendantes (en EHPAD) ou de l’accueil de la petite enfance, la situation se dégrade. Concernant la petite enfance, le nombre de places a légèrement augmenté en accueil collectif mais il diminue dans l’accueil individuel, avec le départ en retraite d’assistantes maternelles non remplacées.
Résultat, le solde net plafonne, «avec une hausse de 4 100 places, soit + 0,3 % », constate Daniel Cornalba, maire de L’Étang-la-Ville (78) et co-président du groupe de travail petite enfance de l’AMF. La baisse de la natalité permet certes de diminuer la pression mais le secteur fait toujours face à une pénurie de moyens humains. «6 100 ETP (équivalents temps plein) vacants, ce sont autant de berceaux non attribués », alerte l’élu.
Le nombre de places en EHPAD recule, lui, de 15 points. «Même si la population aspire à vivre à domicile le plus longtemps possible, c’est préoccupant », estime Éric Chenut. Cela montre que «notre pays ne se prépare pas suffisamment au grand âge ». D’autant que «les disparités comme les difficultés financières des EHPAD restent fortes », ajoute Marylène Millet, maire de Saint-Genis-Laval (69), co-présidente de la commission affaires sociales de l’AMF, également inquiète de la hausse du prix moyen de la journée facturé aux plus âgés que «73% ne peuvent assumer ».
La santé mentale : grande cause, petits moyens
Pour la première fois, le baromètre fait un focus sur la santé mentale, grande cause nationale de l’année. Le constat est affligeant : «les inégalités sont encore plus fortes que ce que l’on pouvait penser », résume Daniel Fasquelle, maire du Touquet-Paris-Plage (62) et élu référent sur l'autisme de l’AMF. D’un département à l’autre, le nombre de psychiatres peut varier de 1 à 14 tandis que certains départements, comme l'Allier ou le Cantal, n’ont même plus de pédopsychiatre. Et ce, alors qu’un nombre élevé de jeunes (un sur quatre) présentent des signes de dépression. Leur proportion est encore plus élevée dans les territoires ultramarins, souligne l’élu.
En raison de moyens largement insuffisants, les délais d’attente pour un rendez-vous en centre médico-psychologique (CMP) sont «trop longs » et les parents sont condamnés à «l’errance » médicale. Le maire du Touquet-Paris-Plage distingue toutefois quelques signes «positifs », avec le doublement du nombre de psychologues en dix ans (mais inégalement répartis) et la multiplication des conseils locaux de santé mentale (CLSM).
La santé environnementale : motif d’inquiétude pour 72 % des Français
Dernier chapitre décrypté par le baromètre : la santé environnementale. Un certain nombre d’indicateurs sont «à surveiller », notamment la qualité de l’eau et de l’air, «variable selon les départements », souligne le baromètre. Deux-tiers des déterminants de la santé dépendent des politiques publiques, rappellent les auteurs. L’enjeu est donc, là encore, la coordination de l’action de l’ensemble des acteurs. «Or, depuis plus de deux ans, les acteurs que sont les professionnels de santé, du médico-social et les collectivités, attendent que l’Etat publie enfin une nouvelle stratégie nationale de santé », rappelle Éric Chenut.
La coordination et l’action collective en contrepoint
« Ce baromètre confirme l’ampleur des défis sociaux et sanitaires qui fragilisent notre pays. Mais il rappelle aussi que la réponse ne peut être fragmentée : elle doit s’inscrire dans une stratégie nationale articulée avec les dynamiques locales », insistent l’AMF et la Mutualité française dans un communiqué diffusé le 21 novembre.
Comme lors des précédentes éditions, le baromètre cherche à mettre en lumière ces dynamiques locales qui montrent que l’irréversible n’existe pas : les efforts du centre de santé de Moulins (Allier) pour la coordination ville-hôpital, le «buccobus » dans la Haute-Saône pour favoriser les soins dentaires dans les zones rurales, le développement des formations aux premiers secours en santé mentale, des villes se déclarant «sans perturbateurs endocriniens », des actions de prévention autour du «bien-vieillir » et des aidants, etc.
« Bien que le baromètre montre l’efficacité d’une coopération étroite entre les élus et les acteurs mutualistes, cela n’exclut pas la nécessité d’une action publique plus ambitieuse et adaptée aux réalités locales », préviennent l’AMF et la Mutualité française.
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