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Maires de France
Pratique
mai 2019
Aménagement, urbanisme, logement Environnement Équipement

Isolation acoustique : concilier contraintes et esthétique

La lutte contre le bruit est un enjeu de santé publique. Les gestionnaires publics doivent maîtriser une règlementation technique complexe.

Illustration
© Pixabay
Devenue un véritable enjeu de santé publique, la lutte contre le bruit fait l’objet d’une abondante réglementation depuis quelques années. Et pour cause : le Conseil national du bruit (CNB) évalue à près de 60 milliards d’euros en frais de santé, absentéisme, baisse de productivité et retards scolaires l’absence de prise en compte de l’acoustique, qu’il s’agisse du domicile, de l’école, du travail ou encore des loisirs. C’est pourquoi, dans les immeubles d’habitation, les établissements d’enseignement, de santé ou les autres établissements recevant du public (salles des fêtes, locaux…), des prescriptions précises s’appliquent. 
Sur le plan juridique, ces prescriptions sont fixées par plusieurs arrêtés ministériels en fonction de la nature des bâtiments concernés (1). Est aussi prise en compte la destination des pièces (locaux d’activité,  chambres, etc). 
Pour déterminer les mesures matérielles à mettre en œuvre pour réduire le bruit, on fait appel au critère dit d’« isolement acoustique standardisé pondéré ». Cet indicateur, qui s’exprime en décibels (dB), permet de mesurer l’isolement acoustique en réponse à un bruit de spectre donné. Il se mesure in situ, soit entre deux locaux, soit entre un local et l’extérieur du bâtiment. Ainsi, à titre d’exemple, pour une école maternelle, un isolement de 50 dB sera requis pour le local d’enseignement ou l’infirmerie, voire de 43 dB pour la salle de repos. Autre notion à connaître : celle des lois « de masse » et «de masse-ressort-masse ». En clair, plus un matériau est lourd, et plus il aura tendance à atténuer la transmission des ondes sonores. En outre, une interposition entre deux masses (mur d’origine, plaque de plâtre), qui laisse de la place à un élément «ressort » (air ou isolant souple), contribue à absorber les vibrations sonores. Bien sûr, plus la salle concernée sera vaste et plus les bruits susceptibles d’être générés seront conséquents.

Règlementations éparses
En pratique, pour corriger l’acoustique des locaux, on recourt à la notion d’« aire d’absorption équivalente » des revêtements absorbants installés. S’ajoute encore à cette mesure, celle de la «durée de réverbération de référence » (appelée «écho »). Techniquement, celle-ci est définie comme le temps mis par un son que l’on interrompt soudainement pour décroître à un millième de sa valeur initiale. Autant dire qu’entre réglementation aussi éparse que tatillonne et critères de mesures techniques pointus, maîtriser tous les paramètres de l’isolation acoustique relève de la gageure pour la plupart des profanes que sont les élus locaux en ce domaine. N’est pas acousticien qui veut ! Ce serait cependant sans compter sur l’aide fournie par le Conseil national du bruit (lire ci-contre). 
Du côté des professionnels, la recherche et le développement liés à l’isolation acoustique tentent apporter des réponses concrètes à toutes ces exigences. Laine minérale (de verre ou de roche), liège, ouate de cellulose, coton, fibre de bois ou encore plaques de Fermacell, nombreux sont les matériaux utilisés pour l’isolation phonique. S’y ajoutent les diverses solutions issues de la famille des mousses acoustiques (mélamine, polyuréthane, polystyrène expansé). Reste que la plupart de ces produits nécessite la mise en place d’une ossature de type rails métalliques aux abords des murs. Un impératif à prendre en compte dans le calcul de l’aménagement des surfaces à isoler, même si les modèles les plus récents tendent à sensiblement diminuer l’épaisseur requise.
Pour les constructions neuves, certains fabricants proposent aujourd’hui des dispositifs «tout en un » réunissant mur de béton (ou briques creuses), isolant en laine de verre et plaque de plâtre. 

Les murs ont des oreilles
Une option parfois adaptable aux sols en fonction des fabricants. En particulier du côté de ceux qui proposent de nouveaux systèmes minces d’isolation phonique en rouleaux, destinés à être installés sous un carrelage, un plancher ou un lino. Combinant esthétique et matériaux naturels, ce sont surtout les solutions de parement en bois qui devraient séduire bien des collectivités. Ici, on parle plus de «panneaux d’absorption acoustique en bois perforé ». Inspirés des matériaux utilisés pour les studios d’enregistrement, ces modèles se composent de panneaux en bois perforé au design raffiné. 
Avantage : ces panneaux allient décoration et performances acoustiques. Destinés à être utilisés pour les plafonds ou en revêtement mural, ces modèles sont disponibles soit en plaques grand format (250 cm x 120 cm), soit sur mesure. Ils peuvent être livrés en finition finie M1 (pour la résistance au feu), laqués, lasurés, plaqués, mélaminés ou stratifiés. Les acheteurs publics auront donc l’embarras du choix. Une application qui saura trouver toute sa place dans une salle des fêtes ou de spectacle pour le plus grand confort visuel et auditif du public, et des riverains. Car, si les murs ont des oreilles, les riverains aussi !      


(1) Voir notamment l’arrêté du 30 juin 1999 relatif aux caractéristiques acoustiques des bâtiments d’habitation, et les arrêtés du 25 avril 2003 concernant la limitation du bruit dans les établissements de santé, d’enseignement et dans les hôtels.

Pour en savoir plus
Afin d’aider les ­collectivités à s’y retrouver dans la jungle des textes relatifs aux questions d’acoustique dans les bâtiments, le Conseil national du bruit (CNB) a édité un guide pratique à leur intention. Gratuitement téléchargeable sur www.bruit.fr
 
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Cet article a été publié dans l'édition :

n°368 - Mai 2019
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