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Maires de France
Solutions locales
mai 2019
Citoyenneté

L'apprentissage de la citoyenneté passe par la pratique

Promouvoir la participation des enfants et des jeunes à la décision publique et organiser la concertation avec eux est essentiel. Car tout se joue bien avant 18 ans.

Sophie LE GALL
Illustration
Près de 80 élèves de CM2 de Talmont- Saint-Hilaire (85) ont reçu, en 2018, leur passeport du civisme. Avec ce livret, ils doivent remplir des missions reposant sur des valeurs républicaines
L’abstention, premier parti des 18-25 ans ? » titrait un grand quotidien national lors des dernières élections présidentielles. Un titre qui aurait été tout aussi adapté au premier tour des municipales de 2014 où le taux d’abstention des 18-25 ans a été de 57 %. Au lieu de les montrer du doigt, Guillaume Baldy, adjoint au maire de Figeac (Lot, 9 800 habitants), vice-­président de l’Association nationale des conseils d’enfants et de jeunes (Anacej, lire ci-contre), fait un rappel de bons sens : «Ce n’est pas parce qu’on a 18 ans que l’on est directement projeté dans la citoyenneté ! » Pour établir un contact fructueux avec le public des jeunes majeurs, Jean-Marc Le Rudulier, maire de Buc (Yvelines, 5 800  habitants), encourage les élus à saisir l’occasion que représente la cérémonie de citoyenneté et de remise des cartes d’électeur en en faisant «un vrai temps d’échange ». «Nous donnons chaque année un thème à cette cérémonie. En 2019, des experts ont vulgarisé les notions clés sur l’Europe, ce fut un temps très riche », précise l’élu.

Conseils municipaux d’enfants et de jeunes
Guillaume Baldy en est convaincu : « L’apprentissage de la citoyenneté passe par “le faire”. » Les actions déployées par les acteurs de la communauté éducative en la matière sont variées, de l’apprentissage de la vie en collectivité au centre de loisirs, aux cours d’enseignement moral et civique (EMC) dans le cadre scolaire en passant par la Journée défense et citoyenneté qui s’adresse aux jeunes à partir de 16 ans. Les communes sont en première ligne et se mobilisent, en particulier à travers les quelque 3 000 conseils municipaux d’enfants (CME) et conseils municipaux de jeunes (CMJ). Ces organes informels ont un fonctionnement variable d’une collectivité à l’autre, qu’il s’agisse de la tranche d’âge (de 9 à 25 ans) ou du fonctionnement (élections en mairie, dans les écoles, volontariat…). Au-delà de ces différences, les CME et CMJ poursuivent globalement le même objectif : former les jeunes à la notion d’engagement en élaborant des projets d’intérêt général, appréhender les droits et les devoirs du citoyen et faire vivre les valeurs de la République. La loi égalité et citoyenneté du 27 janvier 2017 (article 55) incite les collectivités à mettre en place des conseils de jeunes (jusqu’à 30 ans, en respectant la parité hommes-femmes) afin de répondre favorablement à une demande des jeunes de mieux prendre en compte leurs avis.
À Buc, au CMJ (qui rassemble de la classe de CM1 à la troisième), si les enfants choisissent chacun un sujet qui les intéresse en particulier, « ils assistent tous, en parallèle, aux rencontres dédiées à la thématique de la citoyenneté, où l’on découvre le fonctionnement d’une mairie », précise Annick Leon, conseillère municipale en charge du CMJ.

57 %   
c’est le taux d’abstention des 18-25 ans lors du 1er tour des municipales 2014, contre 36,5 % pour toute la population. Cet écart de 20 points était le même en 2008.

Les encadrants des CME et CMJ – des élus et aussi des agents de la mairie en charge de son animation – veillent à ce que ces instances ne soient ni des coquilles vides ni ne se traduisent par l’élaboration de listes au père Noël, ou plutôt à la mairie, qui financerait ici, une piste de skate, et là, une sortie festive. « Avec les enfants, on ne fait pas “pour de faux” », assure Marie-Hélène Gambart, élue en charge de la cohésion sociale à la mairie de Forges-les-Bains (Essonne, 3 800 habitants) et membre du bureau de l’Anacej. « Tous les services leur sont ouverts pour travailler avec les agents, qu’il s’agisse de finances ou de travaux. Ils montent très sérieusement leur dossier. Récemment, un jeune s’inquiétait de la sécurité autour des abribus. Il a recensé et réalisé un diaporama des abribus du territoire. Il a très bientôt rendez-vous au conseil départemental pour faire part de ses observations », poursuit-elle. Marie-Hélène Gambart l’assure, en compagnie de ces jeunes élus elle se « régale ». « On leur apporte beaucoup mais ils nous en procurent autant », explique-t-elle. « À 10-12 ans, ils observent le monde avec pertinence, sont très dynamiques, les propositions viennent d’eux. » Ce bel enthousiasme n’empêche pas quelques difficultés, notamment celle de susciter l’intérêt des adolescents, moins enclins, apparemment, à participer à des projets collectifs. Adjointe au maire de Trouville-sur-Mer (Calvados, 4 700 habitants), Sylvie de ­Gaetano, en charge du secteur jeunesse, qui travaille à la relance du CMJ dormant depuis quelques mois, remarque qu’il est plus difficile de mobiliser les collégiens pour participer à des réunions en soirée ou le samedi matin. Elle envisage plutôt « d’organiser des rencontres sous forme de visites sur le terrain ». 

« Passeport du civisme »
En parallèle des CME et CMJ, s’est développé, depuis 2017, à l’initiative de Maxence de Rugy, maire de Talmont-Saint-Hilaire (Vendée, 7 600 habitants) et président de l’Association des maires pour le civisme (AMC), le dispositif du « passeport du civisme » (1), dont 120 communes sont aujourd’hui adhérentes. Le passeport s’adresse aux enfants scolarisés en CM2, en partie sur le temps scolaire, donc en partenariat étroit avec les écoles, en leur proposant de remplir des missions qui reposent sur des valeurs républicaines (collecte solidaire, participation à une journée du souvenir…). « Le passeport est complémentaire des CME et CMJ et apporte un nouveau souffle. Les CME/CMJ peuvent placer les enfants dans une position de « consommateurs ». Il y a un budget municipal à dépenser… Avec le passeport, on insiste sur les devoirs. L’expérience est à la fois collective et individuelle », précise Maxence de Rugy. « Je n’ai, évidemment, pas de leçon à donner. Les élus sont très absorbés par les questions techniques et budgétaires mais si on ne s’investit pas dans cette éducation à la citoyenneté, on passe à côté de l’essentiel ! », ajoute-t-il. Justement, si tous les enfants et adolescents n’ont pas l’occasion de venir en mairie, les élus ont la possibilité d’aller à leur rencontre. Paulo Marques, adjoint au maire d’Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis, 85 000 habitants) et président de l’association Civica, réseau de citoyens et d’élus locaux, remarque que ses adhérents sont « de plus en plus sollicités par les écoles pour aller expliquer leur rôle d’élu ». Pour soutenir cette dynamique, Civica a conçu la bande-dessinée Moi candidat (2), déjà distribuée dans 2 400 établissements.


(1) passeportducivisme.fr 
(2) www.civica.fr

 


Guillaume Baldy, adjoint au maire 
de Figeac (46) et vice-président de l’Anacej
« Bâtir une éducation citoyenne et environnementale »
« Les conseils municipaux d’enfants et de jeunes sont des outils indispensables. Ils permettent d’expérimenter concrètement ce que représente le fait d’être élu et d’élire ainsi que le fonctionnement de la démocratie. Néanmoins, ils ne concernent qu’une petite partie d’une tranche d’âge alors que les besoins d’initiation à la citoyenneté sont très importants. Pour s’adresser au plus grand nombre, il faudrait favoriser une co-éducation avec les parents, l’école, les associations d’éducation populaire, la collectivité… Certes, on demande déjà beaucoup à l’école, mais n’est-elle pas trop centrée sur les «savoirs durs » plutôt que sur la compréhension des rouages d’un monde en pleine mutation ? Ne devrait-on pas augmenter à l’école le volume d’heures dédiées à l’éducation citoyenne et environnementale ? Globalement, les maires reconnaissent ce qu’apportent les associations d’éducation populaire et soutiennent leur fonctionnement. À eux de resserrer les liens avec les acteurs de terrain. Pour que fonctionne cette co-éducation, il faudrait arriver à mettre autour de la table tous les acteurs concernés, qui sont engagés auprès du même public sans toujours vraiment se connaître… Ce qui n’est pas chose aisée ! »

Prix Anacej des jeunes citoyens
Pour la neuvième année consécutive, l’Association nationale des conseils d’enfants et de jeunes (Anacej) organise les 
« Prix Anacej des jeunes citoyens », en partenariat avec l’AMF, afin de valoriser les actions réalisées par des enfants et des jeunes, de 7 à 25 ans, dans le cadre de dispositifs de participation et/ou de concertation mis en place au sein des ­collectivités locales (adhérentes ou non à l’Anacej), dans 12 catégories différentes (dont la catégorie « petites communes »). Les prix seront remis le 7 juin, à Nantes, lors de l’assemblée générale de l’Anacej. À cette occasion se tiendra la « 14e Ren­contre des élu.e.s et professionnel.le.s » du réseau qui mettra en débat la thématique de « l’accompagnement des initiatives et des projets des jeunes, outil de la participation des jeunes de plus de 16 ans à la vie d’un territoire ». https://anacej.asso.fr/

Appel à projets municipaux
Un collectif de maires, notamment des maires ruraux, ont signé, le 25 mars, un appel à destination des citoyens « jeunes et moins jeunes » afin qu’ils s’engagent pour leur commune à travers un « projet municipal pour 2020 », sur les bases de la démocratie participative. Leur mot d’ordre : « Réhabilitons pleinement le citoyen dans la cité ! » Les habitants intéressés peuvent s’inscrire sur le site www.descommunes etdescitoyens.fr afin de lancer leur projet.

À retenir 
Le répertoire électoral unique (REU), piloté par l’INSEE pour la gestion des listes électorales, est opérationnel depuis le 1er janvier 2019. L’INSEE inscrit d’office les jeunes atteignant l’âge de 18 ans sur la liste électorale de la commune. Le maire peut les radier s’il constate l’absence de rattachement communal. 
Le ministère de l’Intérieur a mis en place une télé-procédure baptisée «ISE » pour «interrogation de sa situation électorale », qui permet à tout électeur de savoir s’il est bien inscrit sur les listes électorales et dans quel bureau il doit voter. 
www.service-public.fr/particuliers/vosdroits/services-en -ligne-et-formulaires/ ISE
 

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Cet article a été publié dans l'édition :

n°368 - Mai 2019
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