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Maires de France
Solutions locales
juin 2020
Écoles, éducation, alimentation

Des écoliers « champions » du tri à la cantine 

Saint-Pierre-lès-Elbeuf (Seine-Maritime, 8 000 habitants).  À la cantine, les élèves peuvent choisir une portion adaptée à leur appétit pour réduire le gaspillage alimentaire.

Illustration
© Mairie de Saint-Pierre-lès-Elboeuf
Une mascotte a été créée pour encourager les enfants à finir leur repas. Résultat : il ne reste plus que 75 g d'aliments dans les assiettes, soit 55 g de moins en moyenne.
A Saint-Pierre-lès-Elbeuf, la lutte contre le gaspillage alimentaire à la cantine a un visage. « Il s’agit de Pierrot, un grand personnage en mousse avec les cheveux bleus, dans lequel se glisse un animateur, explique Guylène Herrault, directrice éducation, enfance et jeunesse. Il intervient régulièrement dans les restaurants scolaires pour sensibiliser les enfants. » Depuis le 3 septembre 2018, la municipalité est engagée dans la lutte contre le gaspillage alimentaire. « Il y avait beaucoup de restes dans les cantines des écoles et dans le centre de loisirs, se souvient Julien Levrard, responsable du service sport, vie associative et jeunesse. Nous avons réalisé un état des lieux et nous nous sommes aperçus que les enfants laissaient chacun environ 120 grammes de restes alimentaires par repas. » 
La commune a donc décidé de leur proposer, lors de leur passage au self, de choisir la portion adaptée à leur appétit : une petite, une moyenne ou une grande, sachant que les enfants peuvent se resservir. Des écoliers volontaires, revêtus de tabliers, passent entre les tables pour expliquer la démarche, commenter le menu et aider les plus jeunes à couper leur viande. Ces « petits ambassadeurs » sont assistés d’un animateur, dont le rôle est d’apprendre aux élèves à bien écouter leur corps, pour savoir de quelle portion ils ont besoin pour combler leur appétit. Les agents de la restauration municipale et les équipes en charge de l’animation du temps de midi ont aussi été formés pour sensibiliser les enfants à la lutte contre le gaspillage. 
À la fin de leur repas, pour bien prendre conscience de ce qu’ils jettent, les enfants débarrassent eux-mêmes leurs assiettes dans des tables de tri composées de petits bacs destinés à recevoir, selon leur couleur, la viande, les légumes, le pain ou les déchets. « Ces déchets, ajoute Julien Levrard, sont ensuite pesés. Cela nous permet d’ajuster plus finement les quantités des menus quand ils sont à nouveau proposés. Dès 2019, il ne restait plus que 75 grammes d’aliments dans les assiettes, soit 55 grammes en moins en moyenne que l’année précédente. » Pour créer de l’émulation, la commune organise chaque année un défi « Assiette vide » entre les écoles, qui récompensent les élèves qui généraient le moins de déchets sur une semaine complète.

Plus de bio

« Parallèlement, complète Guylène Herrault, la municipalité, qui est depuis longtemps engagée dans une démarche éco-responsable, a souhaité augmenter le pourcentage de produits locaux et bio à la cantine. Cela ne nous a pas coûté plus cher, puisque la lutte contre le gaspillage nous a permis de faire des économies en adaptant nos quantités et en jetant moins. » Aujourd’hui, les menus sont composés de 22 % de produits locaux et bio (1). Cette condition a été intégrée dans le marché de fournitures de denrées alimentaires de la commune. Les fruits, les légumes, la viande (les volailles et le bœuf) ou encore les laitages sont issus d’exploitations situées dans un rayon de 150 km. « Le pain est bio le mardi et label rouge le reste de la semaine, précise Julien Levrard. Les yaourts et les laitages sont bio. » Outre les 400 enfants des écoles Jacques Monod, Albert Camus et Jules Vernes et du centre de loisirs, la démarche a été étendue aux seniors de la résidence autonome Marguerite Thibert. 
« Afin que la boucle soit complète, nous avons souhaité valoriser nos déchets. Au départ, nous avons pensé à les donner à des poules, se souvient Guylène Herrault. La solution finalement retenue consiste à confier les déchets à l’entreprise normande TerraLéos qui les valorise sur son site de méthanisation.
 

Monique CASTRO

 

(1)    En application de la loi Egalim du 30 octobre 2018, les cantines devront, d’ici au 1er janvier 2022, servir au moins 50 % de produits durables (dont peuvent faire partie les produits locaux) ou de labels de qualité, avec un minimum de 20 % de produits bio ou « en conversion ».

 

Chasse au gaspi : ce que dit la loi Egalim
La loi Egalim n° 2018-938 du 30 octobre 2018 interdit, depuis janvier 2020, à la restauration collective « de rendre impropres à la consommation les excédents alimentaires encore consommables ». Si cette mesure n’est pas respectée, la collectivité risque une amende de 3 750 euros. 
Par ailleurs, le gestionnaire a jusqu’au 22 octobre 2020 pour effectuer un diagnostic préalable à un plan d’action. 
Les gestionnaires préparant plus de 3 000 repas par jour disposent du même délai pour signer une convention de dons d’aliments non consommés avec une association habilitée.
 
Couverture

Cet article a été publié dans l'édition :

n°380 - Juin 2020
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