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Maires de France
Solutions locales
mars 2019
Écoles, éducation, alimentation Social

Élus et entreprises disent non à la pauvreté

Romans-sur-Isère (Drôme, 33 465 habitants) s'allie avec une fondation et 15 entreprises pour créer une dotation afin de soutenir l'éducation et l'insertion des jeunes.

Thierry GUERRAZ
Illustration
© Thierry Guerraz
L’erreur, quand on parle de pauvreté, c’est de se focaliser sur le facteur économique en y apportant une réponse purement financière. Il faut d’abord s’attaquer aux racines : selon moi, le premier facteur de pauvreté, c’est la précarité éducative », affirme Marie-Hélène Thoraval, maire de Romans-sur-Isère. Aussi, quand la fondation Break Poverty, ONG dont le créateur est Denis Metzger, ancien président d’Action contre la faim, lui propose son dispositif de mobilisation des entreprises en matière de prévention de la pauvreté des jeunes, l’élu n’hésite guère. Car près de 25 % des enfants de moins de 10 ans de la ville sont exposés au risque de pauvreté contre 13 % au niveau national. Et dans la tranche 15-29 ans, 30 % des femmes et 25 % des hommes sont sans diplôme, sans emploi, sans stage. 
En juin 2018, mairie, Break Poverty et entreprises du territoire se mettent autour d’une table. L’idée de l’ONG ? Que les entreprises abondent à hauteur de 2 % de leur bénéfice une «dotation d’action territoriale » (DAT, lire ci-contre) qui « permet de traiter non seulement la pauvreté économique mais plus globalement toutes les souffrances psycho-sociales susceptibles d’en devenir le terreau », souligne la maire. Ce dispositif rejoint aussi sa priorité : privilégier une approche individualisée des situations plutôt qu’un « assistanat de guichet ». 
Quinze entreprises s’engagent pour un total de 220 000 e auquel la mairie ajoute 100 000 e. Sur les trois ans du dispositif (2018-2020), 1 Me financera les actions. Le programme d’accompagnement scolaire, «Coup de Pouce », profite ainsi à de nouvelles écoles. Le dispositif « Lab’elles », à travers lequel une trentaine de jeunes filles des quartiers prioritaires se réunissent, augmente notablement ses heures d’ouverture : « C’est un lieu important de prise de parole hors du regard des garçons des cités mais aussi un endroit où on active des projets de formation et d’insertion, où on fait ses devoirs dans le calme et où certaines peuvent préparer le Bafa », assure Loïc Chasson, éducateur. Enfin, l’épicerie sociale et solidaire bénéficie de l’expertise d’une grande surface qui se propose de la mettre en relation avec ses fournisseurs. « La DAT renforce des pratiques que nous avons expérimentées et ouvre de nouveaux champs », souligne Marie-Hélène Thoraval. Trois nouveaux programmes ont été concrétisés grâce à la DAT et avec le concours de Break Poverty. L’association «Les plombiers du numérique » forme, depuis novembre 2018, des décrocheurs scolaires aux métiers de la fibre optique. Un secteur porteur sur la Drôme qui va générer près de 300 emplois dans les dix ans à venir. 

Responsabilité sociale

53 jeunes, peu ou pas qualifiés, identifiés par la mission locale et les acteurs de l’insertion, se sont présentés aux sélections et 16 ont été retenus. Après une formation, ils possèderont une attestation de compétences acquises leur permettant d’intégrer le marché du travail. 
Par ailleurs s’ouvrira bientôt une Digitale Académie, salle connectée où 30 jeunes en décrochage post-bac auront accès aux études supérieures. À leurs côtés, un coach sera présent pour les soutenir. À chaque semestre, ils se rendront dans leur université de référence pour passer leur examen. De soutien, il en est aussi question avec Proxité, association organisant des parrainages de jeunes en difficulté par des salariés d’entreprise. Objectif : les aider dans leur scolarité et leur insertion professionnelle. Le parrainage de 50 jeunes est prévu cette année.
« Ce projet pilote permet d’aborder la lutte contre la pauvreté de façon plus pertinente, plus efficace et plus efficiente à terme », conclut Marie-Hélène Thoraval. La DAT permet de financer des actions concrètes dans l’environnement de l’entreprise, et donne tout son sens à l’impératif de responsabilité sociale qui leur incombe, souligne Break Poverty. Elle est aussi une forme d’investissement dans l’avenir de leur territoire, souligne l’élue. 

À quoi sert la DAT ?
La dotation d’action territoriale (DAT) a été retenue dans les mesures du plan pauvreté présenté en septembre 2018. Elle encourage l’entreprise à affecter jusqu’à 2 % de son résultat net à la lutte contre la pauvreté et l’exclusion des jeunes, sur son territoire. L’entreprise décide elle-même de son allocation sur des ­projets de son choix : aide ­alimentaire, soutien médical, amélioration des conditions d’hébergement, retour à 
l’emploi… Cette dotation ­bénéficiera des avantages fiscaux prévus par la loi Aillagon (le coût pour l’entreprise serait de 0,8 % de son résultat net).
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Cet article a été publié dans l'édition :

n°366 - Mars 2019
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