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avril 2021
Environnement Sécurité - sécurité civile

Tempête Alex : la lente reconstruction des communes dévastées

Six mois après la tempête qui s'est abattue sur leurs villages, des maires des vallées de la Vésubie, de la Tinée et de la Roya racontent leurs difficultés quotidiennes dans la gestion des dossiers, mais aussi leurs espoirs et leurs projets. Par Sarah Finger

© Mairie de Saint-Martin-Vésubie
À Saint-Martin-Vésubie, une centaine de maisons ont été emportées par le torrent, et une quarantaine sont toujours en attente d'une expertise.
Le 2 octobre 2020, la tempête Alex balayait une vaste zone montagneuse de l’arrière-pays niçois, dévastant de nombreuses communes dans les vallées de la Vésubie, de la Roya et, dans une moindre mesure, de la Tinée. Au lourd bilan humain (10 morts et 8 disparus) s’ajoutaient des dégâts considérables, toujours en cours d’évaluation. « L’état de catastrophe naturelle a été reconnu pour 69 communes » des Alpes-Maritimes, détaille Xavier Pelletier, préfet délégué chargé de la reconstruction des vallées. Six mois ont passé, mais les stigmates entraînés par les crues, inondations, coulées de boue et glissements de terrain persistent dans les communes sinistrées. « En regardant notre village avec un peu de recul, on a l’impression qu’il a reçu une bombe », résume Philippe Oudot, maire de Fontan (340 hab.). Effacer rapidement les traces de cette catastrophe s’impose comme l’une des priorités des élus. « Il est important pour le moral de la population de faire disparaître les stigmates qui balafrent le centre du village, reconnaît Sébastien Olharan, maire de Breil-sur-Roya (2 200 hab.). Mais les dossiers urgents s’avèrent nombreux : sécuriser les lieux sinistrés, désenclaver une dizaine de familles qui n’a toujours pas d’accès routier, reloger les services municipaux… » Car l’heure est encore à gérer un quotidien compliqué, comme à Tende (2 200 hab.), situé dans la haute vallée de la Roya. « Nous sommes toujours quasiment coupés du monde, déplore son maire, Jean-Pierre Vassallo. Pour rejoindre le bas de la vallée, il faut prendre un convoi qui, à heures fixes, accompagne les voitures. En dehors de ces convois, la route est fermée. Autant dire qu’après tout ce temps, les gens craquent. Nos artisans et commerçants ne peuvent toujours pas être approvisionnés normalement. » Des liaisons par hélicoptère, trois jours par semaine, permettent toutefois de rejoindre Nice pour des urgences ou des ­rendez-vous médicaux : « Ce service, dont le coût est pris en charge par la région, est pour nous miraculeux. Tout le monde fait le maximum, reconnaît Jean-Pierre Vassallo. Malgré tout, le quotidien est difficile et le futur incertain. Par exemple, nos projets pour soutenir le tourisme estival restent suspendus à l’accessibilité du village. » Même si l’étendue des chantiers à venir reste immense, les maires le reconnaissent : les travaux d’ores et déjà réalisés sont nombreux. « La tempête a déstabilisé une grande partie de notre commune et changé sa configuration, raconte Ivan Mottet, maire de Saint-Martin-Vésubie (1 500 hab.). Plusieurs ponts ont été emportés, mais les deux principaux ont très vite été rétablis grâce au conseil départemental et à la métropole Nice Côte d’Azur. Les réseaux routiers ont été refaits, la station d’épuration est en passe d’être reconstruite… » Philippe Oudot résume : « On ne nous a jamais laissés seuls. » Mais certains dossiers restent lourds à gérer, comme celui du cimetière de Saint-Martin-Vésubie, emporté par les eaux avec 160 cercueils. « Les cimetières étant à la charge des communes, j’ai demandé une dotation à l’État pour nous aider, poursuit Ivan Mottet. Ce qui est terrible, c’est que les gens n’ont plus de lieu de recueillement et se demandent où ils vont être eux-mêmes enterrés. » Dans ce long processus de reconstruction, la Covid-19 n’a rien arrangé : « Après le passage de très nombreux sauveteurs et pompiers venus d’un peu partout, on a eu des clusters, raconte Jean-Pierre Vassallo. Pour nous, c’était la double peine. »
 

Indemnisation et reconstruction

La tempête a aussi balayé de nombreux projets municipaux, comme à Fontan : « Nous voulions réaménager notre camping municipal, mais il a disparu… et nous ne disposons pas d’un autre emplacement pour le reconstruire. De même, la plateforme sur laquelle devait s’installer une entreprise a été emportée, raconte Philippe Oudot. Ces pertes impacteront fortement l’économie du village, d’autant que certains habitants, qui participaient à son dynamisme, ne reviendront plus. » Dans les communes sinistrées, certains ont en effet préféré faire leurs valises. Mais le maire de Tende relativise : « Au moins 200 ou 300 personnes, souvent des personnes âgées, sont parties rejoindre de la famille sur la côte, mais je ne suis pas inquiet, affirme Jean-Pierre Vassallo. Seules celles qui n’avaient pas de réelle attache au village risquent de ne pas revenir. » La difficile question du relogement des sinistrés, à laquelle les maires ont dû trouver des réponses sur-mesure et au cas par cas, a fait place à celle des indemnisations des habitants par les assurances. Un casse-tête quotidien partagé, à leurs côtés, par les élus. « Un autre sujet nous mobilise : c’est l’avenir des bâtiments sinistrés. Environ 400 habitations sont susceptibles d’être démolies dans nos vallées, explique Sébastien Oharan.
Dans ce dossier qui prend du temps, les communes doivent être les porte-voix des habitants. » Même constat à Saint-­Martin-Vésubie, où une centaine de maisons ont été détruites et une quarantaine sont toujours en attente d’une expertise de la direction départementale des territoires et de la mer (DDTM), chargée des diagnostics quant à l’état des bâtiments sinistrés. « C’est un aspect douloureux pour les élus qui devront annoncer les décisions de l’État aux propriétaires, reconnaît le préfet Xavier Pelletier. C’est pourquoi je serai aux côtés des maires, avec mes équipes, pour ne pas les laisser seuls. » Se tourner vers l’avenir permet d’oublier un peu ce passé douloureux. À Breil-sur-Roya, Sébastien Olharan évoque une reconstruction qui intégrera mieux les risques et les enjeux écologiques : « On va reconstruire différemment », dit-il, tout en rappelant qu’en zone montagneuse, le manque de foncier pénalise les communes. Le maire de Saint-Martin-Vésubie a, lui, demandé une révision de son plan local d’urbanisme en procédure accélérée. « D’ici deux ans au lieu de quatre, nous devrions pouvoir retrouver des zones constructibles, estime-t-il. J’ai évoqué avec la DDTM la perspective de recréer, comme par le passé, des hameaux de 7 ou 8 maisons plutôt que de reconstruire des maisons isolées avec les problèmes de raccordement de routes que cela implique. » Le préfet Xavier Pelletier le reconnaît : les maires des communes sinistrées sont éprouvés. Après ces mois interminables à arpenter sa commune dévastée, à la recherche d’une solution pour chaque problème, Ivan Mottet confesse une immense fatigue : « Mais chaque matin, quand les habitants viennent me voir, ils scrutent mon visage. Je n’ai pas le droit d’aller mal, même à 73 ans. »

Travaux : un coût et un financement encore incertains
Certains élus évoquent un montant global des dégâts avoisinant 1,5 milliard d'euros. Xavier Pelletier, préfet délégué chargé de la reconstruction des vallées, explique que ces dégâts ne seront chiffrés que courant avril : « L’État a promis une enveloppe de 100 millions d'euros. Une avance de 26 millions d'euros sur ce fonds de solidarité a été versée en décembre ». Par ailleurs, un mois après avoir accordé une avance de 6 millions d'euros aux trois vallées sinistrées, la Commission européenne a précisé, le 22 mars, que la Roya, la Vésubie et la Tinée percevront 59,3 millions d'euros au titre du fonds de solidarité. Cette somme doit être approuvée par le Parlement et le Conseil avant d’être versée. Les opérations de reconstruction du réseau routier de la vallée de la Roya pourraient se chiffrer, selon le conseil départemental des Alpes-Maritimes, à 450 millions d'euros. Le département a d’ores et déjà emprunté 200 millions d’euros pour couvrir les travaux. La région a débloqué une aide de 20 millions d'euros.

Cet article a été publié dans l'édition :

n°389 - AVRIL 2021
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