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avril 2021
Sécurité - sécurité civile Social

Oise : traiter les violences contre les personnes

Basé à Froissy, le « Groupe atteintes aux personnes » (GAP) de la gendarmerie accueille les mineurs et les femmes victimes. Par Thierry Guerraz

Illustration
© GAP de l'Oise
Le GAP a traité 227 procédures dont plus des deux tiers concernaient des jeunes filles.
En France, plus de 220 000 personnes seraient victimes, chaque année, de viol, de tentative de viol ou d’agression sexuelle. Le département de l’Oise n’échappe pas à cette triste statistique, bien au contraire. D’après les autorités, un mineur serait victime tous les 10 jours d’un viol avéré. Pour moitié dans le cercle familial et, pour une autre moitié, en milieu scolaire ou dans des foyers de l’aide sociale à l’enfance (ASE). D’où l’initiative de la compagnie de gendarmerie de Beauvais, sous le commandement de Jérôme Le Caro, de mettre sur pied, en mai 2019, un « Groupe atteintes aux personnes » (GAP) déployé sur le nord-ouest (178 communes sont concernées regroupant 90 000 hab.) où le nombre d’agressions était particulièrement important. Les 5 autres compagnies du département ont mis en place des dispositifs correspondant à leurs contentieux locaux. « Face à des dossiers souvent complexes, les délais de traitement étaient beaucoup trop longs et la prise en charge des victimes souvent perfectible », assure Jérôme Le Caro.
 

Le rôle clé des élus

Ce GAP, situé sur la commune de Froissy et constitué de 4 militaires (2 hommes et 2 femmes), est joignable 24 heures sur 24, 365 jours par an. Il est alerté dès lors que des agressions sexuelles ou viols, des coups, des maltraitances ou des phénomènes de harcèlement sont signalés sur des mineurs : « Le GAP se doit tout de suite de mettre le mineur en sécurité en le dirigeant vers l’accueil mineur victime (AMIV) du service pédiatrique de l’hôpital de Beauvais », explique Jérôme Le Caro. Le lieu, équipé de matériel d’enregistrement audiovisuel, permet aux gendarmes, formés spécifiquement au recueil de la parole de l’enfant, de les prendre en charge dans un cadre plus confortable et moins angoissant que celui d’une brigade de gendarmerie ou d’un commissariat de police. Le GAP intervient en lien avec le procureur de la République, mais aussi avec l’association France victimes. Depuis la création du GAP, 227 procédures dont 66 criminelles ont été menées. Plus des deux tiers des affaires concernaient des jeunes filles. Le délai de traitement des procédures a été réduit de moitié. « Nous devons renforcer l’éclairage des élus locaux sur ce dispositif, eux qui sont souvent en première ligne car ils connaissent le terrain et peuvent être alertés de faits, avérés ou non. Ils doivent savoir que sur la compagnie de Beauvais, des enquêteurs sont à même de prendre en charge les mineurs victimes, en particulier ceux et celles ayant subi des violences sexuelles », affirme Jérôme Le Caro. Un second domaine d’intervention mobilise le GAP : celui des violences intrafamiliales, particulièrement celles faites aux femmes, à travers le réseau des correspondants territoriaux de prévention (CTP) de la gendarmerie. Ces correspondants assurent le suivi de l’enquête judiciaire réalisée par les unités territoriales et l’orientation sociale des victimes, en partenariat avec des associations de défense. Là aussi, les CTP font leurs preuves en prenant vite en compte  la parole des victimes et en réduisant fortement les délais de procédure. efficacité et empathie Béatrice Lejeune, maire de Bailleul-sur-Thérain, déjà fortement sensibilisée aux problématiques des violences intrafamiliales, fait partie de ces élus ayant été amenés à contacter le GAP. L’histoire qu’elle raconte vaut tous les discours du monde : « Il y a quatre ans, j’ai alerté la cellule départementale de recueil, de traitement et d’évaluation, dispositif lié à la protection de l’enfance, pour un cas de maltraitance dans le cadre familial sur un jeune de 11 ans originaire de ma commune. Mes courriers sont, hélas, restés lettre morte. Fin 2019, l’affaire ressurgit et, cette fois, je contacte le GAP, récemment créé, qui la prend en main avec une grande efficacité. J’ai beaucoup apprécié la manière dont ces gendarmes ont procédé avec un mélange d’empathie, d’écoute et de fermeté. Leur professionnalisme a été remarquable. L’enfant en question est aujourd’hui placé et en sécurité. »

 

Violences sexuelles : ce que dit la loi  
La loi n° 2018-703 du 3 août 2018 ­renforce la lutte contre les violences sexuelles et sexistes dont les femmes et les enfants sont massivement victimes. Le délai de prescription pour les crimes sexuels commis sur mineurs passe de 20 à 30 ans. Une proposition de loi, en cours de discussion, crée un seuil d’âge, fixé à 15 ans, en deçà duquel tout acte de pénétration sexuelle commis par un adulte sera automatiquement considéré comme un viol.
En savoir +
Compagnie de gendarmerie de Beauvais. Tél. 03 44 06 16 90. Maryline Sautour, cheffe du GAP.
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Cet article a été publié dans l'édition :

n°389 - AVRIL 2021
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