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Maires de France
Solutions locales
avril 2021
Sécurité - sécurité civile

Strasbourg sensibilise ses agents à la radicalisation

La commune (285 000 habitants, Bas-Rhin) a conçu un processus de remontée d'informations à partir d'un « baromètre des comportements » élaboré par un centre spécialisé canadien. Par Monique Castro

Illustration
© Eurométropole de Strasbourg
Une grille de comportements est transmise aux agents afin qu'ils puissent participer aux signalements.
Strasbourg n’a pas attendu d’être endeuillée par l’attaque sur le marché de Noël, qui a coûté la vie à cinq personnes, le 11 décembre 2018, pour sensibiliser ses agents à la prévention de la radicalisation. La prise de conscience a commencé dès les attentats de janvier et novembre 2015, à Paris. à cette époque, l’ensemble des services municipaux collectait des informations sur des situations qui les interpellaient sans toutefois les exploiter. « Les agents ignoraient quelle procédure suivre. Nous avons alors décidé de structurer une chaîne de remontée d’informations au sein de la mairie », explique éric Poinsot, chargé de mission prévention de la radicalisation violente de la ville. En 2016, une équipe projet, composée  de représentants des différents services municipaux, se constitue. Objectif : définir les outils qui permettront aux agents sur le terrain de repérer si la situation à laquelle ils sont confrontés doit ou non éveiller leur vigilance. Le Comité interministériel de prévention de la délinquance et de la radicalisation (CIDPR) a élaboré une grille d’indicateurs de basculement vers la radicalisation. « Nous ne l’avons pas retenue car nous nous sommes rendu compte que ces indicateurs, composés de signaux forts et de signaux faibles, ne sont pas adaptés aux acteurs de terrain », explique éric ­Poinsot. En effet, difficile de s’y repérer tant la liste des indicateurs est longue et variée. « En réalité, n’importe qui pourrait entrer dans ses critères », estime-t-il. L’équipe lui a préféré le « baromètre des comportements » élaboré par le Centre de prévention de la radicalisation menant à la violence (CPRMV, https:// info-radical.org) de ­Montréal, au Canada, ville avec laquelle Strasbourg travaille en partenariat (lire ci-dessous). Reconnu internationalement, ce centre a spécialement conçu cet outil pour qu’il soit utilisé par des acteurs locaux : il est pédagogique et donne des indications précises sur les signaux à prendre en compte. Les différents comportements sont divisés en quatre catégories, en fonction de leur dangerosité – « non significatifs », « préoccupants », « inquiétants » ou « alarmants » – et leur description est synthétique et claire. Ce baromètre comporte aussi l’avantage de s’attacher à tous les types de radicalisation (religieuse ou politique). Le baromètre ne définit pas le degré de radicalisation, il permet d’affiner la lecture d’une situation pour savoir s’il y a lieu ou non de nourrir une inquiétude.
 

Repérer ce qui peut inquiéter

Concrètement, lorsqu’un agent de ­Strasbourg repère une situation inquiétante – un groupe paramilitaire qui s’entraîne dans un parc ou un jeune qui consulte des sites djihadistes à la bibliothèque, par exemple –, il vérifie dans le baromètre comment l’interpréter. Puis, il en réfère à son supérieur hiérarchique qui informe, à son tour, la mission prévention de la radicalisation violente. « Nous rencontrons l’agent pour qu’il nous fasse le compte rendu le plus circonstancié possible et nous donne l’identité de la personne repérée », explique éric Poinsot. La mission est composée de représentants des services de la prévention urbaine, de l’action sociale et de la réussite éducative, qui se réunissent pour avoir une lecture partagée d’une situation donnée. « Nous échangeons dans un délai maximum de 48 heures, car la rapidité d’intervention est importante. Ensuite, nous transmettons l’information à la direction générale avec une recommandation qui peut être, par exemple, une transmission à la préfecture s’il y a soupçon de radicalisation », précise-t-il. à ce jour, une trentaine de cas ont été signalés. 
 

Un outil pédagogique
Fin janvier 2021, une centaine d’agents de la ville de Strasbourg ont été formés à Alvéole, un outil pédagogique de soutien à l’analyse de situations de radicalisation menant à la violence. Pour l’instant, seul le CPRMV de Montréal peut dispenser la formation, puisqu’il en est le concepteur. Les formations ont dû s’interrompre avec la pandémie. À l’avenir, l’objectif est de former des formateurs sur place. 

 

Formation
Le CIPDR propose des formations à destination des acteurs intervenant dans la prévention de la radicalisation. L’AMF travaille aussi en lien avec le CIPDR pour développer une formation en direction des maires et ­présidents d’EPCI. www.cipdr.gouv.fr
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Cet article a été publié dans l'édition :

n°389 - AVRIL 2021
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