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avril 2021
Développement économique Environnement Tourisme

Center Parcs à Roybon : le bras de fer gagné par les opposants

Face à la mobilisation de zadistes, le groupe Pierre et Vacances a fini par céder. Au grand dam de la commune (1 179 hab., Isère) qui a dû faire le deuil de retombées économiques importantes. Par Thierry Guerraz

Illustration
© Commune de Roybon
Le 7 décembre 2014, 2 000 personnes dont une quarantaine d'élus ont défilé en faveur du projet de Center Parcs. Ce projet, critiqué par des zadistes, prévoyait de créer 430 emplois. Finalement, il ne verra pas le jour, bloqué par de multiples recours.
Le projet de Pierre et Vacances – la construction de 990 cottages, de commerces et de restaurants autour d’un espace aqualudique, dans la forêt de Chambaran – avait de quoi séduire n’importe quel élu. Au-delà du renforcement incontestable de l’attractivité touristique du territoire, se profilait en effet pour la commune de Roybon une taxe locale d’équipement de plus de 2 millions d'euros à laquelle se rajoutaient une taxe foncière annuelle de 600 000 euros et la perspective de la création de 430 emplois équivalent temps plein. L’Eldorado pour cette petite commune iséroise de 1 179 habitants confrontée à des difficultés financières et à un taux de chômage endémique (14 % de la population). Ce projet, nécessitant 390 millions d'euros d’investissement, trottait dans la tête de Pierre et Vacances depuis 2007. Il se concrétise, en octobre 2014, par le défrichement de 40 hectares sur les 80 annoncés. Et ce, malgré des procédures judiciaires engagées par des associations environnementales, parmi lesquelles la Fédération Rhône-Alpes de protection de la nature (Frapna) Isère, contestant les autorisations administratives. Les premiers défrichements mettent le feu aux poudres et mobilisent les opposants. Une trentaine de zadistes occupent illégalement les lieux dans la forêt de Chambaran et prennent possession de la maison forestière. Quand il entre en fonction en 2014, Serge Perraud, élu maire de Roybon, hérite d’une situation tendue : « J’ai connu de suite l’épreuve du feu. Il a fallu garder son sang-froid. Les zadistes sont restés six ans. Le climat dans le village n’a cessé de se détériorer d’autant que les Roybonnais étaient en très grande majorité partisans du Center Parcs », explique Serge Perraud. Les noms d’oiseaux, les insultes fusent des deux côtés : « Je faisais le point au moins deux fois par semaine avec les forces de gendarmerie de la commune. Et je me suis rendu bien sûr sur le site pour prendre la température. J’ai même dû négocier avec les zadistes pour qu’ils acceptent de laisser passer des engins agricoles. »
 

Le soutien des collectivités aura été vain

Sur le plan juridique, la situation devient de plus en plus inextricable. Tribunal administratif, cour d’appel, Conseil d’État se prononcent, dans une alternance de revers et de victoires pour le projet de Center Parcs. La préservation de zones humides est notamment au centre des procédures judiciaires, véritable pierre d’achoppement entre les associations de défense de l’environnement et Pierre et Vacances. Le 8 juillet 2020, de guerre lasse, Pierre et Vacances jette l’éponge. Le soutien des collectivités (commune, communauté de communes Bièvre Chambaran, département, région), dont certaines participaient au financement du projet sous forme de subventions, aura été vain : « Nous devions, pour notre part, débloquer 4 millions d'euros pour la construction d’un contournement routier du village », précise Serge Perraud. Pour Pierre et Vacances, l’autorisation de défrichement étant devenu caduque et l’accès du site étant bloqué par les «zadistes », l’opération est devenue impossible. La décision de l’opérateur de renoncer au projet n’a pas surpris Serge Perraud : « Depuis l’adoption de la loi du 24 juillet 2019 qui a redéfinit les zones humides, impactant les projets d’aménagement, les dés étaient jetés selon moi. ». Au final, 250 gendarmes se chargent de l’évacuation du site, le 13 octobre 2020, sans incident majeur. Restait à faire place nette : « L’État et Pierre et Vacances, à qui revenait la prise en charge de l’opération de nettoyage du site, sont toujours mobilisés, souligne Serge ­Perraud. Ils ont évacué environ 40 épaves de voitures et ont eu recours à 50 bennes pour ­libérer cet espace de déchets divers et variés. » Jusqu’au bout, la commune aura eu à subir des désagréments. Dans la nuit du 2 au 3 décembre 2020, des voitures sont brûlées, les portes de la mairie et de commerces sont fracassées. L’enquête, en cours, n’a pas encore pu déterminer les auteurs de ces dégradations. 

 

INTERVIEW 
Serge Perraud, maire de Roybon (38)
« Après le temps du dépit
vient celui de l’action ! »

Quels sentiments vous animent aujourd’hui ?
De l’amertume, une grande déception et un sentiment de gâchis. Roybon a été le théâtre d’enjeux politiques et j’ai l’impression que tout a été instrumentalisé. Je regrette le manque d’intervention de l’État qui n’a pas fait respecter le droit par ceux qui ont envahi illégalement le bois de Chambaran. J’ai dû me battre à la fois pour défendre le projet de Center Parcs et pour rééquilibrer les comptes de la commune. En héritant d’une dette de 5,2 millions d’euros, je me devais de remettre à flots les finances de la commune. C’est désormais pratiquement fait.

Les retombées économiques escomptées étaient énormes.
Comment se projeter dans l’avenir ? Après le temps du dépit vient celui de ­l’action ! Il n’est pas question de nous ­apitoyer sur notre sort. Il y a tant à faire : la rénovation de la traversée du village et de notre patrimoine, l’entretien des chemins, la construction d’une station d’épuration, etc. J’espère aussi qu’avant la fin du mandat, une base de loisirs, au bord de notre lac, émergera pour accroître l’attractivité du village. Je me bats aussi pour le maintien de nos services publics. À l’instar de la gendarmerie, dont la préservation était conditionnée à l’ouverture du Center Parcs et qui, finalement, ne semble plus menacée.

Le 14 juillet 2020, vous avez adressé une lettre à Emmanuel Macron. Qu’attendez-vous du chef de l’État ?
Après cette lettre, j’ai pu obtenir un rendez-vous à l’Élysée avec son «conseiller territoires ». Ma demande porte principalement sur une aide spéciale dérogatoire de l’État car j’estime que la commune de Roybon a subi un préjudice. J’ai bon espoir que des fonds se débloquent pour aider notre commune à se revitaliser.

 

Les acteurs clés
Les instances judiciaires : en 2014, la commission d’enquête émet un avis défavorable au projet que le préfet de l’Isère conteste, en s’appuyant sur les conclusions du Conseil départemental de l’environnement et des risques sanitaires et technologiques. Il donne l’autorisation de commencer les travaux. C’est le début d’un feuilleton judiciaire au cours duquel le tribunal administratif de Grenoble, la cour administrative d’appel de Lyon et le Conseil d’État seront sollicités. Les associations : la Fédération nationale de protection de la nature, la Fédération de la Drôme pour la pêche et la protection du milieu aquatique et l’Association « pour les Chambaran sans Center Parcs » ont multiplié les recours contre le projet du Center Parcs. Les zadistes : ils étaient une trentaine, de tous âges et venus des quatre coins du pays, à ériger la forêt de Chambaran en « Zone à défendre ». Ils ont créé un jardin potager, fabriqué du pain, etc. Une vie communautaire émaillée parfois de violences, comme le 6 juin 2018, lors d’un affrontement avec le Peloton de surveillance et d’intervention de la gendarmerie, venu perquisitionner le site à la suite de l’agression de 2 habitants du village.

 

D'autres projets contestés
Numéro un européen des résidences de loisirs, Pierre et Vacances-Center Parcs n’est pas au bout de ses peines. Particulièrement impacté par la Covid-19 qui l’a contraint de fermer la quasi-totalité de ses 26 Center Parcs en Europe, dont 5 en France (dans l’Eure, l’Aisne, le Loir-et-Cher, la Moselle et la Vienne), le groupe doit aussi affronter l’opposition d’associations environnementales sur trois projets : l’extension du domaine des Bois-Francs à Verneuil-sur-Avre (27), avec un recours contre le plan local d’urbanisme (PLU), les créations de nouveaux Center Parcs à Poligny (39), qui là aussi fait l’objet de recours contre le PLU, et au Rousset-Marizy (77) « dont la faisabilité a été confirmée par les tribunaux administratifs au stade des documents d’urbanisme », précise le groupe. Lueur d’espoir, le Center Parcs des Landes de Gascogne (47), dont l’ouverture est programmée au printemps 2022. Pierre et Vacances y livrera 401 cottages disséminés sur 85 hectares.
Couverture

Cet article a été publié dans l'édition :

n°389 - AVRIL 2021
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