Secrétaires de mairie : un premier congrès national inquiétant pour l'avenir des communes
Les secrétaires de mairies, réunies pour leur premier congrès national le samedi 13 juin au Vigan-en-Quercy (Lot), ont alerté sur l'urgence à rendre plus attractif leur métier. La loi de 2023 constitue une avancée importante, mais reste insuffisante dans l'optique de pourvoir les 10000 postes qui seront vacants d'ici 2030 !

Tous les interlocuteurs présents (élus et parlementaires locaux, préfète) ou par message vidéo (la ministre de l’Aménagement du territoire et de la décentralisation Françoise Gatel, les sénateurs de Seine-Maritime Céline Brulin et de Savoie Cédric Vial) ont rappelé le rôle essentiel des secrétaires de mairie dans les 28 000 communes qui ont potentiellement besoin d’elles et eux (il y aurait environ 6 % d’hommes exerçant ce métier) pour fonctionner.
Chef d’orchestre du travail communal
À l’horizon 2030, entre 10 000 et 12 000 postes de secrétaires de mairie pourraient devenir vacants du fait des départs en retraite… Ce choc démographique pourrait remettre en question l’existence même de certaines communes.
L’essentiel des interventions officielles se résume dans les propos du maire du Vigan-en-Quercy, Frédéric Degat : « Vous êtes les premiers visages de la République, la mémoire des dossiers, la continuité du service public, le lien entre les élus, les habitants, l’administration. Derrière chaque délibération, chaque acte administratif, il y a votre travail discret malgré la complexité croissante [des règles], la transition numérique, les contraintes budgétaires, etc. Vous êtes le chef d’orchestre du travail communal qui permet de conserver la proximité et de faire vivre nos communes. »
" Un métier tellement dur et exigeant "
Souvent « confidentes des habitants avec une charge mentale et technique de plus en plus lourdes à une époque charnière », les secrétaires de mairie sont perçues par Serge Rigal, président du conseil départemental du Lot comme ayant presque des « supers-pouvoirs ». Jean-Marc Vayssouze-Faure, sénateur du Lot, conseiller municipal de Cahors, président de l’association des maires du département, représentant du président de l’AMF, s’est dit pour sa part « très fier que ce premier congrès des secrétaires généraux de mairie ait lieu dans le Lot. Nous, élus, avons conscience de l’importance de votre métier, tellement dur et exigeant.»
Colère et dignité
Mais une fois les discours terminés, élus et préfète ont quitté la salle, avant même que les secrétaires de mairies ne prennent la parole pour leur faire part de leurs difficultés. Le geste a eu pour effet de déclencher leur colère. « J’aurais aimé qu’il y ait encore des élus dans la salle pour entendre ce que l’on avait à dire…. Quand je demande à mes élus d’être augmentée, on me répond que ce n’est pas possible financièrement. Mais la commune a le budget pour acheter à la place un tracteur à 50000 euros ! S’il n’y a pas de secrétaire de mairie à la mairie, il n’y a pas de budget, et il n’y a pas de tracteur. On demande juste la dignité d’exercer notre métier », a lancé une participante. Ce cri du cœur, d’autres le partagent. « Franchement, je suis fâchée. Pendant que nous parlons, les élus sont dehors ! Ce n’est pas respectueux », lâche énervée une autre participante. Deux parlementaires ont fini par revenir les écouter.
La loi de 2023 sur la revalorisation du métier de secrétaires de mairie, ses quatre décrets du 16 juillet 2024 et sa circulaire du 18 octobre 2024 constituent « une première étape très importante », selon les deux présidentes successives de la SGMF, respectivement Patricia Hamon (Ariège) et Émilie Véron (Indre, voir notre article). Il reste cependant encore du travail pour attirer les candidats.
Un goût d’inachevé
C’est ce que montrent les résultats d’une enquête nationale réalisée entre juillet et août 2025 par la SGMF (622 réponses) : seulement 21% des répondants se disent satisfaits de la loi. 17,2% n’ont pas été nommés officiellement par arrêté « secrétaire général de mairie » (pourtant obligatoire depuis le 1er janvier 2024). 53% des contractuels n’ont pas été revalorisés. Seulement 31,8% des agents ont bénéficié de la promotion interne dérogatoire. 68,2 % sont exclus ou non concernés par le dispositif. Autant dire que cette réforme a « un goût d’inachevé » !
La loi de 2023 traîne en effet son lot « d’impensés » et « d’oubliés ». Plusieurs agents ont évoqué leur passage en catégorie B qui s’est traduit par une stagnation, voire une perte de revenus (malgré la progression de carrière et parfois l’effort fait pour passer des concours). Les adjoints administratifs de catégorie C (sur le premier grade C1) ne peuvent pas bénéficier des avancées de la loi, et ils sont nombreux à avoir été recrutés ainsi alors que c’est illégal. D’où certains commentaires ironiques : « nous sommes là pour sécuriser les actes mais notre propre recrutement est un acte illégal ! » ou encore « Nous sommes secrétaires de mairie, mais pas généraux. Quid de 2028 ? »
A compter du 1er janvier 2028, tous les fonctionnaires recrutés sur un poste de secrétaire général de mairie devront être de catégorie B ou A, ce qui aura pour effet d’exclure les agents de catégorie C. A priori, ceux qui sont déjà en poste resteraient, mais dans une situation floue… Qui plus est, aux dires des agents, les centres de gestion interpréteraient différemment la réforme, créant des inégalités entre départements. Il y a aussi ce secrétaire général de mairie, passé en catégorie B grâce à la réforme, qui complète ses revenus avec quelques heures pour gérer l’administration au sein d’un syndicat et pour lequel il reste un agent de catégorie C car le poste reste un poste d’adjoint administratif… La récente augmentation du SMIC au 1er juin a bien déclenché une nouvelle prime différentielle, mais qui ne compte pas pour la retraite… Avec le tassement des grilles et la réforme de la fonction publique de 2019, il est aussi devenu plus tentant d’être recruté comme contractuel (la retraite étant calculée cette fois sur la totalité du salaire). On pourrait développer encore.
Agents en difficulté
Beaucoup secrétaires de mairie ont aujourd’hui le sentiment d’un « manque de reconnaissance » de la part des élus, voire d’un « écœurement » en raison d’un certain décalage entre discours et réalité du quotidien. Ce serait l’une des explications pour lesquelles ce congrès aurait moins mobilisé que la rencontre de 2024 à Gimont, dans le Gers, qui avait créé un précédent (voir notre article).
Ce contexte, ajouté aux récentes élections, aux éventuels changements d’élus, pèse de plus en plus sur les épaules de ces petits soldats de la République. Au Vigan, nous avons croisé plusieurs secrétaires de mairie en difficulté : soit parce que la relation avec le nouveau maire débute mal, soit parce que l’agent reste fragile après un retour d’un long arrêt maladie lié à une situation conflictuelle avec le maire, soit parce que beaucoup de fatigue a été accumulée depuis l’organisation des élections, la mise en place du conseil municipal, l’arrivée de nouveaux élus, etc.
Ce premier congrès a donc axé une partie de ses travaux aux méthodes de relaxation avec exercices communs de respiration (cohérence cardiaque) et de méditation (pour tenter de mieux s’écouter). Il en fallait avant de repartir chacune et chacun dans sa mairie. La séquence de sensibilisation très concrète à la cybersécurité par un adjudant-chef de la section opérationnelle de lutte contre les cybermenaces de la gendarmerie du Lot poussait davantage à jeter téléphone portable et ordinateur à la poubelle.
Simplification par détricotage
Quant à la toute jeune association nationale des secrétaires généraux de mairie (279 adhérents au compteur), elle doit déjà mener son premier combat législatif : l’article 17 du projet de loi de simplification qui doit être examiné au Sénat du 23 au 25 juin supprimerait l'obligation faite aux centres de gestion de veiller à ce que les listes d'aptitude de promotion interne comprennent une part de secrétaires générales de mairie, ce qui détricoterait une mesure de la loi de 2023…
Cette disposition « nécessite que nous nous remobilisions », a indiqué le sénateur Jean-Marc Vayssouze-Faure, représentant de l’AMF. Le sénateur Raphaël Daubet a promis de déposer des amendements « pour ne pas perdre les avancées obtenues en 2023 ».
Chaise vide
Il y a urgence. Le symbole choisi pour ce premier congrès était une chaise vide avec un écriteau sur lequel était écrit « Sans secrétaire de mairie, commune en détresse #siegevide »… Le prochain congrès devrait avoir lieu en 2028. Auparavant, qui des élus ou des secrétaires devront avoir transformé l’essai pour attirer à nouveau sur le postes de secrétaires de mairie ? Une partie de la réponse se trouve au Sénat, mais pas seulement.
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