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Maires de France
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novembre 2021
Environnement

Auzeville-Tolosane « rend l'obscurité à la nuit »

La commune (4 339 habitants, Haute-Garonne) éteint ses candélabres de 23 heures à 6 heures du matin pour préserver la biodiversité et faire des économies.

Monique Castro
Illustration
© Mairie d'Auzeville
Le 21 juin 2021, les élus ont symboliquement recouvert un candélabre d'un voile pour inaugurer l'extinction de l'éclairage public en nuit profonde.
Depuis le 21 juin 2021, la ville d’Auzeville-Tolosane, à côté de Toulouse, a, selon l’expression de son maire, Dominique Lagarde, «rendu l’obscurité à la nuit ». Dans le but de préserver la biodiversité, le sommeil des habitants et de réaliser des économies, les candélabres de la commune s’éteignent tous les soirs, de 23 heures à 6 heures du matin. «Cette mesure est facile à appliquer, il faut juste prendre un arrêté municipal, reprogrammer l’horloge astronomique qui pilote l’allumage et apposer des panneaux aux entrées de la commune précisant les horaires d’extinction », poursuit-il.  

Au départ, la municipalité avait pensé se caler sur les horaires des transports en commun. « Mais on se retrouvait avec une amplitude allant d’1 heure à 5 heures du matin. Nous nous sommes donc alignés sur les horaires choisis par une majorité de villes engagées dans une démarche semblable », souligne Claire Maylié, adjointe à l’environnement. 

« Nous avons choisi de laisser éclairer la portion de la RD 813 qui traverse la commune pour ne pas plonger subitement dans le noir les automobilistes qui arrivent des communes voisines », précise Alice Mellac, conseillère municipale, membre de la commission environnement. L’expérience est prévue pour durer un an. Passé ce délai, les habitants pourront faire part de leurs suggestions. « On pourra rester en l’état ou installer des lampadaires détecteurs de mouvement devant certains lieux, comme la maison des associations. Revenir en arrière ? Cela m’étonnerait. Les réactions que l’on entend sont plutôt de l’ordre : “pourquoi ne l’avez-vous pas fait auparavant ?” », se réjouit Guillaume ­Debeaurain, adjoint aux travaux et vice-président du Syndicat départemental d’énergie de la Haute-Garonne (SDEHG). 
 

Lever certaines peurs

Ce n’était pas gagné d’avance. Il a fallu convaincre les habitants et lever certaines peurs. «Nous avons communiqué en trois étapes », détaille Claire Maylié. Dans un premier temps, les élus ont publié un article de fond dans le trimestriel, la Lettre d’Auzeville. Ils y ont expliqué les enjeux qui les ont poussés à éteindre les lumières. L’éclairage allumé toute la nuit a un impact négatif sur la faune et la flore avec des bourgeonnements anticipés parfois de quinze jours. L’homme aussi est impacté : selon l’Institut national du sommeil et de la vigilance (INSV), 24 % des Français estiment que la lumière artificielle perturbe leur sommeil.

Par ailleurs, l’éclairage public participe à la hausse des émissions de CO2 dans l’atmosphère. Sur son site, l’Ademe (l’agence de la transition écologique) rappelle que l’éclairage public, qui représente 37 % des factures d’électricité des communes, est «un gisement d’économies d’énergie » car plus de la moitié du parc de luminaires est obsolète et «surconsommatrice d’énergie ».  L’occasion de préciser qu’à Auzeville, l’extinction des lumières devrait permettre à la commune de réaliser une économie de 27 000 € l’année d’expérimentation qui serviront à remettre en état les candélabres défectueux.

Deuxième étape, les élus ont envoyé des piqûres de rappel dans Le Télex, la publication mensuelle de la municipalité. « Nous avons publié des témoignages très positifs d’élus disant qu’il y avait moins de tapages nocturnes et de dégradation de mobilier urbain, car les personnes traînaient moins le soir », illustre Alice Mellac. Des réunions publiques ont été organisées en ligne en raison du Covid. Des rencontres ont également eu lieu avec tous les partenaires : pompiers, gendarmes, SDEHG, Sicoval (communauté d’agglomération). 

Enfin, la mairie relaie sur son site des enregistrements d’oiseaux et d’animaux nocturnes (accessibles sur le site https://biodiv-occitanie.fr/) pour que les habitants les reconnaissent s’ils viennent à les entendre. Des balades nocturnes sont organisées pour s’approprier la nuit et espérer observer la voie lactée malgré la pollution lumineuse générée par la proximité avec Toulouse. 
 

Mutualisation de l’exploitation et de la maintenance
Comme toutes les communes du département, à l’exception de Toulouse, Auzeville confie l’exploitation et la maintenance du parc d’éclairage public au Syndicat départemental d’énergie de la Haute-Garonne (SDEHG). Un programme annuel de travaux d’éclairage est élaboré pour aider les communes à développer leur réseau d’éclairage et à rénover les installations vétustes. Le SDEHG prend en charge 80 % du montant de ces ­travaux. En 2020, le Syndicat a réalisé 28 millions d’euros de travaux.

 

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Cet article a été publié dans l'édition :

n°395 - NOVEMBRE 2021
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