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Maires de France
Solutions locales
octobre 2021
Sécurité - sécurité civile

Des taxis pour aides des femmes battues

La Dordogne a déployé un maillage de taxis capables d'intervenir en moins de vingt minutes en tous points du département.

Monique Castro
Illustration
La convention a été signée, le 7 avril dernier, par le préfet et les présidents du syndicat des taxis et de l'association Safed.
Comment aider les femmes victimes de violences à se mettre à l’abri, surtout de nuit, dans un département aussi étendu que la Dordogne ? «Quand je suis arrivée dans le département en 2019, je savais que le manque de mobilité était un réel problème. C’était le début du Grenelle contre les violences conjugales et j’ai décidé d’organiser un réseau de taxis », resitue Valérie de Pauw, déléguée aux Droits des femmes et à l’égalité femmes-hommes en Dordogne, qui représente l’État.

Un maillage de taxis, susceptibles d’intervenir de jour comme de nuit, a pu être déployé début janvier 2020, à titre expérimental. Il a été pérennisé le 7 avril dernier et fonctionne avec une subvention de 4 500 € par an, allouée par le ministère chargé de l’Égalité entre les femmes et les hommes. Le dispositif, loué pour sa facilité de mise en œuvre, fait l’objet d’une convention entre la préfecture, le Safed (Service d’accompagnement des familles en difficulté) et le syndicat des taxis de la Dordogne.

« Lorsque les gendarmes ou les policiers interviennent pour des violences conjugales et que la victime souhaite partir, ce sont eux qui organisent et sécurisent son départ », explique Cécile Chambon, directrice du Safed. Concrètement, en journée, les forces de l’ordre appellent « L’Îlot femmes », accueil de jour du Safed, ou le 115 si c’est la nuit. Les deux structures décident d’une orientation en concertation avec les forces de l’ordre et en accord avec la victime, puis appellent le taxi le plus proche. «Quand il arrive, les forces de l’ordre ont pris soin  d’isoler la personne violente pour ne pas qu’elle voie le chauffeur ou la voiture », précise Paul Durin, président du syndicat des taxis.

Il se réjouit qu’en l’espace d’un an le nombre de chauffeurs adhérents au projet soit passé de 17 à 55. «Quand nous avons bâti le dispositif avec la préfecture, nous redoutions que le maillage soit insuffisant, surtout la nuit. Pourtant, nous n’avons jamais eu de difficulté, les taxis arrivent dans un délai inférieur à vingt minutes », indique le lieutenant-colonel Serge Rayne, commandant en second du groupement de gendarmerie de la Dordogne.

En 2020, sur 34 femmes prises en charge dont cinq avec des enfants, 57 % ont été accueillies dans un hébergement d’urgence, 17 % ont passé une expertise médicale, 13 % se sont rendues dans un commissariat ou une brigade de gendarmerie, 9 % ont été orientées à l’hôtel et 4 % ont préféré se réfugier chez des proches.
 

Sensibilisation des élus

Parallèlement à la mise en place de ce dispositif, Valérie de Pauw a rencontré les élus des communes du département pour les sensibiliser aux violences conjugales et leur distribuer des «fiches réflexes », qui leur indiquent l’attitude à adopter si une femme victime de violence vient chercher refuge à la mairie ou s’ils sont appelés à jouer le rôle de médiateurs lors d’un conflit. «Cela m’arrive parfois d’intervenir, ce qui est très difficile, car dans une commune aussi petite que la mienne, je connais tous les habitants, la femme comme l’homme »,  déclare Laurent Péréa, maire de Saint-Capraise-de-Lalinde (550 habitants).

La fiche comporte également les coordonnées des structures sociales pouvant accueillir la victime. Aujourd’hui, une autre couverture, de veille cette fois, est en train de se mettre en place dans le département. Des journées de formations sont proposées aux élus, aux professionnels du secteur médico-social et aux forces de l’ordre pour constituer un réseau de vigilance et d’échanges d’informations dans le but de prévenir les violences.

« Je suis très partant pour ce réseau de veille. C’est important que les personnes se sentent en confiance pour dénoncer ce qu’elles subissent. Dans ma commune, nous réhabilitons un logement qui sera mis à disposition pour un hébergement d’urgence », souligne ­Laurent Péréa.
 

Accueil à «l’Ilôt femmes »

« L’Îlot femmes », accueil de jour, d’écoute et d’information à Périgueux, a été créé en 2013. Il accueille des personnes qui veulent être accompagnées pour sortir des violences. Deux référentes – une travailleuse sociale et une psychologue clinicienne – les reçoivent pour les diriger vers d’autres structures : France victimes Dordogne, Centre d’information sur les droits des femmes et des familles (Cideff). Elles accompagnent également des femmes qui souhaitent sortir de la prostitution. Les enfants sont orientés vers le centre médico-psychologique (CMP) et la maison des adolescents. Contact : Safed. Tél. 05 53 09 09 49.

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Cet article a été publié dans l'édition :

n°394 - OCTOBRE 2021
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