Fermeture du cuivre : une première étape réussie
L'ADSL va disparaître d'ici à 2030. Depuis janvier 2025, le réseau cuivre a été définitivement coupé dans 162 communes. Ce changement s'est plutôt bien déroulé.

Après quelques expérimentations, un premier lot composé de 162 communes a été annoncé en décembre 2022. Pour celles-ci, les services ADSL ont été définitivement stoppés le 31 janvier 2025. Et alors que beaucoup d’élus craignaient que certains habitants se retrouvent sans solution le jour de la coupure de l’ADSL, les retours d’expérience sont «encourageants », confirme Michel Sauvade, maire de Marsac-en-Livradois (1 412 hab., Puy-de-Dôme) et co-président de la commission numérique de l’AMF.
La fibre prend le relais
C’est une opération de long terme qui a été menée dans ces communes du lot 1. Les maires ont été informés deux ans avant le début du projet. «On a appris par courrier que l’on se trouvait dans ce premier lot, raconte Bernard Rual, maire de Chamberet (1 422 hab., Corrèze). C’était bien en amont, ce qui nous a permis d’anticiper. » De 2023 à 2025, toutes les parties prenantes de ce chantier ont été mobilisées : Orange, qui est l’opérateur historique du réseau cuivre, les opérateurs chargés de déployer la fibre, ceux qui sont chargés de commercialiser les abonnements, mais aussi les élus locaux.
Des réunions de suivi ont été organisées régulièrement par Orange et les opérateurs pour informer les maires de l’avancée du chantier. En plus des réunions publiques, les équipes locales d’Orange se sont tenues à la disposition des maires pour les accompagner dans cette transition.
Dans les départements du Nord et du Pas-de-Calais, 62 communes, essentiellement rurales, n’ont plus d’accès ADSL depuis janvier. Cela représente 38 000 foyers à rattacher au nouveau réseau fibre. Dans ce territoire, Orange a travaillé de concert avec CapFibre, la société qui construit et exploite le réseau fibre dans ces départements. Plusieurs forums ont été organisés pour faire connaître la fibre notamment auprès des seniors. «Chaque trimestre, on informe aussi les mairies de l’avancement du déploiement de la fibre », indique Stanislas Lobez, directeur de Cap Fibre. Dans ces communes du Nord, 99 % des foyers y ont été raccordés. Ainsi, la disparition de l’ADSL n’a pas créé de manque.
Dans la commune de Fontaine-au-Bois (695 hab., Nord), tout s’est bien passé. Corinne Moreau, conseillère municipale chargée du dossier fibre, constate qu’il n’y a pas eu de «mauvaise surprise ». Selon les derniers chiffres, 92 % des foyers du village sont raccordés à la fibre : « il ne reste que certaines maisons inoccupées ou encore des habitations récemment rachetées qui doivent l’être bientôt ».
À Bohars (3 671 hab., Finistère), la satisfaction est aussi au rendez-vous. «Ce qui inquiétait le plus, c’était la question des montres de téléassistance pour les personnes âgées, mais Orange a su apporter des solutions lors des réunions publiques organisées sur la commune avec les autres opérateurs, rapporte le maire, Armel Gourvil. Certains habitants ont même découvert qu’ils avaient des abonnements qui dormaient et ont été ravis de pouvoir faire des économies. »
Du côté de Chamberet, l’arrivée de la fibre était très attendue par les entreprises et les agriculteurs. «Tout le monde a joué le jeu », se félicite Bernard Rual. La commune compte beaucoup de résidences secondaires qui n’ont pas encore entrepris la migration vers la fibre et certains foyers ont fait le «choix des portables sans elle ».
Communiquer pour mieux migrer
« La commune ne peut être qu’un relais mais elle a un rôle pilier à jouer dans cet abandon du cuivre », estime le maire de Chamberet. Les élus ont été, dans la majorité des cas, des relais de communication pour informer les administrés du projet de modernisation en cours dans leur commune. Mais ce sont avant tout les opérateurs qui se chargent d’informer les clients de la fin de l’ADSL et des choix qui s’offrent à eux : prendre un abonnement fibre, opter pour une ligne téléphonique fixe sans abonnement internet, choisir une connexion 4G ou 5G…
Sans faire le travail des opérateurs, les élus locaux se sont tous approprié le sujet pour s’assurer qu’il n’y ait pas d’oubliés. Dans la commune de Fontaine-au-Bois tout comme à Bohars, le repas des aînés a été une opportunité pour les élus de sensibiliser les personnes âgées. «Il faut faire preuve de pédagogie pour faire comprendre que fibre ne veut pas dire uniquement internet », témoigne Corinne Moreau.
Le message est aussi passé dans la revue communale de Chamberet, dans le journal d’informations de Fontaine-au-Bois ou encore sur le site internet de la ville de Bohars et dans son bulletin municipal. Le but n’est pas d’engager des dépenses supplémentaires mais de profiter de supports existants pour prévenir les habitants. «Les élus sont des relais de paroles importants pour sécuriser les messages », explique Stanislas Lobez. «On connaît les personnes et les maisons isolées : c’est l’avantage dans une petite commune », selon Corinne Moreau.
L’instance tripartite et neutre au point mort
À l’approche de la fermeture du cuivre, le maire peut, en cas de besoin, être un médiateur «pour régler des situations au cas par cas », précise Michel Sauvade. Certains propriétaires refusent par exemple l’installation de la fibre sur leur façade – ce qui pose problème pour le raccordement des voisins. Le maire peut tenter de débloquer cette situation avant un éventuel recours en justice de l’opérateur.
En avril 2024, la Direction générale des entreprises a publié, sur son site www.treshautdebit.gouv.fr deux guides pour accompagner les maires dans cette transition. Les élus locaux peuvent aussi orienter les administrés vers ce site.
Les associations d’élus plaident pour la mise en place d’une «communication institutionnelle neutre » et d’une «structure nationale » sur le même modèle que lors du passage à la télévision numérique terrestre (TNT). Ces demandes restent jusqu’à présent lettre morte alors que de plus en plus de foyers vont être concernés par ce chamboulement.

Michel Sauvade, maire de Marsac-en-Livradois (1 412 habitants, Puy-de-Dôme) et co-président de la commission numérique de l’AMF
« La communication doit être laissée à la discrétion des maires »
Cet article a été publié dans l'édition :
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