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Maires de France
Interco et territoires
mars 2020
Transports, mobilité, voirie

Ardèche : les élus mobilisés pour le retour des trains de voyageurs

La région Auvergne Rhône-Alpes souhaite que des trains circulent d'ici à 2024 dans le département. Ce projet aurait d'importants impacts socio-économiques.

Christine CABIRON
Illustration
© Région Auvergne-Rhône-Alpes - Charles Pietri
La réouverture d'une ligne ferroviaire permettra de se rendre à Valence pour prendre un TGV.
Des trains de voyageurs pourraient de nouveau circuler en Ardèche en 2024. C’est le souhait de la région Auvergne Rhône-Alpes qui a débloqué 600 000 € pour financer des études de faisabilité. Ce projet est un véritable serpent de mer. Depuis 1973 – année où les trains de voyageurs ont été supprimés dans ce département –, les élus locaux se battent pour la réouverture de la rive droite du Rhône au trafic de voyageurs. Un projet relancé à plusieurs reprises mais qui n’a jamais été plus loin que l’intention. « Aujourd’hui, j’y crois un peu plus car nous avons été réellement associés à ce projet », constate Alain Martin, maire du Pouzin, l’une des trois communes (avec Le Teil et Cruas) où la Région prévoit de rouvrir une halte ferroviaire. «Nous n’avons jamais été aussi près de voir circuler des trains de voyageurs en Ardèche », affirme-t-il. La raison : un projet moins ambitieux que celui envisagé en 2008. À cette époque, les régions Rhône-Alpes, Languedoc Roussillon, Provence-Alpes-Côte d’Azur et quatre départements (l’Ardèche, la Drôme, le Gard et le Vaucluse) avaient signé un protocole d’intention en ce sens. L’idée était alors de créer une liaison TER entre Lyon et Nîmes via Avignon sur la rive droite du Rhône. Un projet avorté.

Sept allers-retours par jour

« Le projet actuel est enfin à taille humaine », se félicite Éric Cuer, président de la communauté de communes (CC) Ardèche Rhône Coiron. « Vouloir impliquer plusieurs régions ne pouvait que conduire à l’échec ». Aujourd’hui, il est question d’une ligne entre Le Teil, Valence ville et Valence-TGV, avec sept allers et retours par jour : trois le matin, un à midi et trois le soir. Une opération estimée par la Région à 16 M€. « Même le budget est tout à fait raisonnable », note Éric Cuer. L’intérêt de cette desserte est de connecter les TER aux TGV à Valence en 50 minutes. « Beaucoup de nos administrés vont dans cette ville pour prendre un TGV à destination de Lyon, Paris, Grenoble ou Montpellier. Aujourd’hui, ils n’ont qu’une seule solution pour se rendre à Valence : la voiture. Dans cinq ans, ils pourront se rendre dans ces agglomérations en train au départ du Teil, de Cruas ou du Pouzin. » Ces trois gares devraient voir transiter chaque jour environ 250 voyageurs. Autant de personnes en moins au volant de leur voiture. « Ce projet est une réelle opportunité en matière environnementale car cela va limiter le trafic routier sur la départementale 86 et réduire les risques d’accident », affirme Éric Cuer. 

Les gares du Teil, Cruas et du Pouzin devraient voir transiter chaque jour environ 250 voyageurs.

Développement urbain…

Ces TER seront aussi une nouvelle solution de mobilité pour les habitants des deux intercommunalités concernées (la CC Ardèche Rhône Coiron et la communauté d’agglomération Privas Centre Ardèche), soit 57 communes et 67 000 habitants. Pour exemple, 80 % des élèves de Cruas sont scolarisés au Teil située à 15 km. « Cette liaison ferrée réduira aussi l’empreinte carbone liée aux transports scolaires », précise Philippe Touati, maire de Cruas, commune sur laquelle est implanté le site nucléaire de Cruas-Meysse. Cette centrale EDF emploie 1 800 salariés, dont la plupart viennent en voiture ou avec des navettes organisées par EDF entre différentes communes de résidence des salariés. « Nous pourrions imaginer un rabattement de ces navettes à la gare du Teil et organiser un transfert par bus au départ de celle de Cruas située à 5 km du site nucléaire. » 
En 2006, la ville de Cruas a racheté les bâtiments de la gare en prévision « du retour des trains de voyageurs ». En attendant, elle les a transformés en Maison des associations. « Comme la gare nous appartient, nous pouvons la rouvrir à tout moment. C’est un avantage qui a été apprécié par la Région », affirme Philippe Touati. Le retour des trains de voyageurs en Ardèche aura aussi un impact en matière de développement urbain. « Des familles pourront venir s’installer à Cruas et travailler à Valence. Certaines l’ont déjà fait, mais c’est compliqué et coûteux car le seul mode de transport disponible est la voiture », rappelle le maire. Ces trois communes (dont la population augmente) ont d’importantes réserves foncières qu’elles souhaitent « ouvrir de façon mesurée » pour maîtriser l’étalement urbain. Le Pouzin vient notamment d’achever la construction de 120 logements. « Nous souhaitons aussi attirer de nouvelles entreprises. Le retour des trains de voyageurs sera un nouvel atout pour inciter des entrepreneurs à s’installer chez nous », indique son maire, Alain Martin. Cette commune compte déjà 1 400 emplois pour une population de 3 300 habitants. 

… et agro-tourisme

Autre impact attendu : le développement de l’agro-tourisme. Les Gorges de l’Ardèche et la Grotte Chauvet attirent chaque année plus de 3 millions de voyageurs. Les touristes français et européens arrivent généralement en train à Montélimar (26). Ils poursuivent ensuite leur trajet en car jusqu’aux sites touristiques. « Avec l’ouverture des trois gares, nous allons pouvoir créer une nouvelle économie hôtelière sur le territoire. Le développement de l’agrotourisme est très important pour des communes rurales comme les nôtres », rappelle Éric Cuer. Dans cet esprit, la CC Ardèche Rhône Coiron porte un projet de réaménagement du parvis et du quartier de la gare du Teil. L’objectif est de créer un pôle culturel et administratif qui regroupera une médiathèque, un musée, des services publics départementaux, l’office de tourisme. Ce pôle sera achevé en 2022, six mois avant la mise en service de la déviation qui permettra de retirer du centre-ville 7 000 véhicules en transit. «Ce lieu va redynamiser l’activité commerciale du Teil. La gare sera alors une nouvelle porte d’entrée en Ardèche. »

Aboutir rapidement

Pour que ce projet aboutisse, il faudra que la SNCF Réseau libère des sillons pour faire circuler ces trains de voyageurs. Depuis 1973, l’entreprise ferroviaire a réparti le fret sur la rive droite du Rhône (ce qui représente entre 70 et 80 trains de marchandises par jour) tandis que les voyageurs circulent rive gauche, côté Drôme. Sauf lorsque des travaux ou des incidents obligent SNCF Réseau à «basculer » les trains de voyageurs en Ardèche. L’étude devra définir la faisabilité technique, les besoins de déplacement et la planification des travaux. 
La Région veut aller vite. Les études, procédures réglementaires et les appels d’offres sont programmés sur la période 2020-2022. Les travaux devraient ensuite durer deux ans avec une mise en service prévue en décembre 2024. «Nous souhaitons que cela aille le plus vite possible car les Ardéchois attendent ces trains », insiste Alain Martin. Même sentiment pour Philippe Touati, maire de Cruas : «En cinq ans, il peut se passer beaucoup de choses, notamment avec toutes les échéances électorales à venir. J’espère que la Région ne va pas investir 600000 € dans des études pour ne pas ensuite mener ce projet à bien. »

Organiser la mobilité locale
L’arrivée de trains de voyageurs en Ardèche va nécessiter une organisation et une structuration des transports locaux. « À nous de saisir cette opportunité pour créer un réseau de mobilité intercommunale », explique Éric Cuer, président de la communauté de communes Ardèche Rhône Coiron (15 communes, 22 130 habitants), dont le centre-bourg est Le Teil. « Il faudra être en capacité 
d’amener nos administrés jusqu’à la gare et d’organiser 
des navettes à destination de notre pôle économique, industriel et commercial. » Ce travail devra également être mené en liaison avec la communauté d’agglomération Privas Centre Ardèche (42 communes, 44 942 habitants) à laquelle est rattachée la ville du Pouzin. « Ces questions de mobilité intercommunale seront abordées lors du prochain mandat », explique Éric Cuer. Actuellement, l’Ardèche est ­desservie par une vingtaine de lignes de car interurbaines.
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Cet article a été publié dans l'édition :

n°377 - mars 2020
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