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février 2021
Social

Accompagner les femmes victimes de violences

Isabelle Gireaud, adjointe au maire de Rochefort (17), chargée de la solidarité, de l'égalité et des affaires sociales, donne la priorité à leur mise à l'abri. Par Emmanuelle Stroesser

© Emmanuelle Stroesser
Isabelle Gireaud, adjointe au maire de Rochefort (23 583 habitants, Charente-Maritime)
On parle beaucoup plus des violences subies par les femmes dans leur couple. Le mot de féminicide commence même à entrer dans le langage. Pour autant, sur le terrain, cela ne change pas ou trop peu », déplore l’élue. Elle a dû user, à plusieurs reprises, de son téléphone d’astreinte pour obtenir du commissariat l’enregistrement de la plainte d’une femme en détresse. « J’ai trop souvent entendu les excuses de manque de temps, de personnel. À certaines femmes, on conseille de laisser le temps au monsieur de se calmer ! Ou bien on les renvoie chez elles en leur demandant de repasser lorsque la référente sociale est là. » Face à la hausse des cas de violences liés au premier confinement, elle a décidé de travailler avec la directrice du CCAS de Rochefort, Sandra Rondet, à la mise en place d’une stratégie pour combler les failles. 

Le premier accueil. C’est pour l’élue « “la” problématique ». La ville participe déjà au financement de l’intervenante sociale au commissariat. Son emploi est passé à temps plein en 2020, car son mi-temps ne suffisait pas, avait prévenu l’association qui l’emploie. Sur le dépôt de plainte, l’élue prévient : « Nous ne laisserons plus passer une seule situation où la plainte ne sera pas prise. » La ville et le CCAS sont en train d’adapter l’information locale à l’attention des victimes. Pendant le premier confinement, une carte a été distribuée aux caisses des commerces, recensant les numéros utiles en cas de danger immédiat, pour une écoute, un conseil ou faire un signalement. La prochaine étape est une nouvelle version, «moins institutionnelle », éditée lors de ce premier trimestre. « Nous allons vérifier que les services mentionnés répondent aux besoins », via le CCAS. 

" Les femmes ont le droit de déposer plaintes, et les policiers ou gendarmes ont l’obligation
de prendre leur plainte. "

Étendre la formation. Dans les réseaux de professionnels qui se réunissent pour faire le point sur ce sujet, ce sont, généralement, l’intervenante sociale et le commissaire qui viennent, autrement dit des gens déjà sensibilisés. Mais ce ne sont pas eux qui accueillent le plus souvent. Or, le premier accueil est déterminant car il faut savoir intervenir quand la femme se présente, l’accompagner au besoin chez elle pour récupérer des affaires. Isabelle Gireaud veut donc former l’ensemble des intervenants et aussi sensibiliser les élus municipaux. 

Mise à l’abri. Aujourd’hui, une femme qui veut éviter les coups, si elle n’a pas ou ne veut pas se réfugier chez des amis ou de la famille, n’a pas d’autre issue que le 115. Or, ce numéro est souvent saturé. Ou bien la femme doit aller dans une autre ville ou bien elle doit subir la promiscuité. C’est « la double peine » pour celles qui doivent fuir leur domicile, d’autant plus s’il y a des enfants, explique Isabelle Gireaud. Il est arrivé à plusieurs élus d’astreinte de se sentir démunis ne sachant que proposer à une femme dans cette situation. Le CCAS va réactualiser une fiche avec les contacts utiles. « Nous allons surtout prévoir la prise en charge de nuitées d’hôtel pour toute situation », indique l’élue. En étendant la convention signée avec des hôteliers pour la mise à l’abri suite à un incendie. À moyen terme, le projet est d’ouvrir une « maison de femmes », afin de leur offrir « un lieu de vie » où elles pourront se poser le temps de faire les démarches nécessaires (judiciaires, sociales, etc.). L’élue veut aussi sensibiliser les commissions d’attribution de logement social pour « simplifier » la procédure et « rendre prioritaire » les dossiers concernant les victimes. 

Diagnostic partagé
L’élue travaille avec le Centre d’information sur le droit des femmes et des familles (CIDFF). «Nous avons fait le point de ce qui existait, de ce qui manquait et vérifié l’intérêt de nos idées », explique l’élue. Ce réseau a connaissance, sur Rochefort, d’une centaine de situations de violences conjugales par an. «Seules 10 à 20 % des victimes entament une démarche », déplore l’élue. Le confinement 
a entraîné une hausse de 30 % des violences conjugales, notamment chez les jeunes. 
En savoir + : https://fncidff.info/ 

Cette article a été publié dans l'édition :

n°387 - FEVRIER 2021
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