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Maires de France
Solutions locales
octobre 2021
Santé

Prévenir plutôt que guérir

Le centre hospitalier de Cornouaille Quimper-Concarneau teste avec les acteurs de terrain la « responsabilité populationnelle ». Objectif : améliorer le parcours des patients.

Emmanuelle Stroesser
Illustration
La première journée d'échanges sur le projet responsabilité populationnelle a notamment réuni, le 28 janvier 2020, au CHU de Cornouaille, représentants de la Fédération hospitalière de France et experts.
En théorie, la prévention c’est très beau, on en parle depuis des décennies, mais on a du mal à y mettre des moyens », reconnaît le directeur du centre hospitalier de Cornouaille Quimper-Concarneau, Jean-Pierre Heurtel. L’expérimentation (lire ci-dessous) dans laquelle il est engagé vise à inverser la situation. «Moins on aura de personnes gravement malades, plus on aura d’argent pour la prévention », c’est le cercle vertueux idéal.

L’objectif est de modifier l’approche médicale, en intervenant le plus en amont possible de la maladie. «On sait, par exemple, que l’obésité est l’un des signaux d’alerte pour des personnes susceptibles de développer un diabète », prend en exemple le directeur. Le diabète est l’une des pathologies – avec l’insuffisance cardiaque – sur laquelle les acteurs de la santé ont donc décidé de travailler.
 

Décloisonnement ville-hôpital

Sur ce territoire du Finistère sud, près de 90 000 personnes ont un risque potentiel de développer un diabète de type II. Soit environ 5 % de la population. «Mais cela peut coûter près de 50 % de l’enveloppe de soins ! », pointe Nathalie Frémin, coordinatrice des soins et chargée de la coordination technique de l’expérimentation. Car aujourd’hui, «on hospitalise en phase aiguë, la prise en charge est lourde, complexe et coûteuse ».

Selon l’expérimentation, sur les 90 000 personnes potentiellement à risque, 2 800 ont un diabète débutant, autrement dit sans complication. Plus de 2 000 ont une complication liée au diabète. 1 600 connaissent déjà deux complications et 1 300 en subissent au moins trois. Ces derniers «sont des patients régulièrement hospitalisés », précise Nathalie Frémin.

Fin mai, l’équipe a franchi une nouvelle étape avec le lancement du «chemin clinique » pour inclure les patients dans des parcours. «On sait qu’un médecin traitant ne peut pas passer une heure en éducation thérapeutique mais nous avons des professionnels qui peuvent le faire », assure Jean-Pierre Heurtel.

En pratique, par exemple, un jeune qui mange mal, plutôt sédentaire, avec une addiction, a des facteurs de risque. La première étape est de réussir à le toucher, pour ensuite lui proposer un bilan, «car si on lui soumet d’emblée des rendez-vous avec des spécialistes (diabétologue, infirmier, diététicien, addictologue) on sait qu’il n’ira pas ». Le but est donc de fournir un parcours de prise en charge en santé publique, d’une demi-journée, à l’hôpital ou en maison de santé.

Ces parcours sont mis à disposition des acteurs du territoire qui sont eux en contact avec le jeune, par exemple. Ces acteurs, ce sont les médecins (1), les pharmaciens mais aussi les mairies, souligne le directeur. «Car les mairies peuvent repérer des personnes qui pourraient avoir besoin d’un tel parcours (…) Ce sont nos meilleurs porte-parole ».  

Le réseau travaille aussi au décloisonnement entre la ville et l’hôpital. Il a déjà mis en place des prises en charge sur une action baptisée «sport santé ». Des unités mobiles d’éducation au diabète ont été lancées. «Il faudra aller dans les écoles. » Cet été, les actions de dépistage et de prévention du diabète de type 2 se sont multipliées, avec par exemple deux journées d’action menées aux Restaurants du cœur de Quimper.

C’est maintenant que le partenariat avec la collectivité va devenir plus concret. Rien n’est encore totalement défini du côté de la ville de Quimper, «mais nous apporterons tout soutien, dans la mesure de nos moyens, et même au-delà car la compétence santé n’est pas une compétence en soi de la collectivité », précise la conseillère municipale déléguée à la santé, Yvonne Rainero.
L’élaboration en cours d’un contrat local de santé, élargi aux groupements intercommunaux de Cornouaille, ne pourra que donner du poids et de l’envergure à ce projet.
 

Cinq territoires pionniers
La «responsabilité populationnelle » est un principe désormais inscrit dans le Code de la santé. «L’ensemble des acteurs de santé d’un territoire est responsable de l’amélioration de la santé de la population de ce territoire ainsi que de la prise en charge optimale des patients de ce territoire. » Une expérimentation de cinq ans est à l’essai dans cinq régions : l’Aube et le Sézannais, la Cornouaille, les Deux-Sèvres, le Douaisis et la Haute-Saône. «La Covid-19 a “volé” une grosse année, mais aujourd’hui, il y a réellement une forte dynamique », ­s’enthousiasme Antoine Malone, chargé de piloter ce projet pour la Fédération hospitalière de France.
À noter : la communauté professionnelle territoriale de santé est partie ­prenante du projet.
En savoir + : bit.ly/3hQGQv9

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Raccourci : mairesdefrance.com/956
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Cet article a été publié dans l'édition :

n°394 - OCTOBRE 2021
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