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18/09/2026 SEPTEMBRE 2026 - n°448
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Jeunes élus : l'engagement chevillé au corps

À peine plus de 20 ans et déjà maires. Quatre nouveaux élus reviennent sur leurs premiers mois de mandat et partagent une conviction : s'investir n'est pas une question d'âge.

Par Estelle Chevassu
Julie Pépin, 20 ans et auxiliaire de vie, Théo Guigue, 24 ans et professeur d’économie à l’université de Montpellier, Paul-Louis Bivaud, 26 ans, en fin d’études à Sciences Po Toulouse, et Guillain Gilliot, 26 ans travaillant au sein de la Fondation Le Refuge, ont passé l’écharpe de maire, en mars dernier, avec fierté et responsabilité. Un engagement fort alors que 95 % des maires ont plus de 40 ans et que l’âge moyen des maires au moment de leur élection est 59 ans (lire www.mairesdefrance.com/ 28895). C’est dans les petites communes que les maires sont les plus âgés, là où précisément tous les quatre ont été élus. Leur point commun : ils y ont grandi et ont un attachement quasi viscéral à leur village, dénonçant les idées reçues sur le désengagement des jeunes. À Ségus (268 habitants, Hautes-Pyrénées), Paul-Louis Bivaud a rejoint l’équipe municipale en 2020, tout en étant aussi impliqué dans le monde du rugby local. À Saint-Chéron (63 habitants, Marne), Julie Pépin était déjà connue pour son engagement comme pompier volontaire. À Sauzet (853 habitants, Gard), Théo Guigue, lui, est au comité des fêtes depuis ses 12 ans et il en est devenu le président à 18 ans. S’il a quitté son village pour ses études, l’amour qu’il lui porte est tel qu’il a fait le choix de revenir et de se lancer lors des élections municipales de mars dernier. Tout comme Guillain Gilliot à Marmagne, en Saône-et-Loire (1 283 habitants), où sa famille vit : «je suis un enfant du village. Les personnes me connaissent ainsi que mon parcours. C’est aussi ce qui a gommé l’effet “ jeune âge” ». Même retour pour Théo Guigue, qui a toutefois dû faire face à des réflexions : «C’était dans un contexte politique et comme je l’ai dit à certains, je n’ai ni leçon ni conseils à recevoir, quand je n’en demande pas, dans la mesure où j’ai la légitimité de 850 personnes qui m’ont élu et que je représente » (lire ci-contre). Julie Pépin a coupé court aussi aux remarques : «Au début, certains interlocuteurs ont été surpris par mon jeune âge et le disaient clairement. Je répondais que ce n’est pas parce que l’on est jeune que l’on ne peut pas réussir. » Tous mettent en avant des compétences déjà acquises, des connaissances et leur soif d’apprendre, notamment auprès de leurs collègues maires qu’ils n’hésitent pas à solliciter. Légitimes et à leur place Ils le disent haut et fort : l’engagement n’est pas une question d’âge mais de volonté, de capacité à faire et d’envie. Et ils n’en manquent pas. «Je veux redynamiser le village, recréer des liens et qu’il y ait plus de solidarité et d’entraide », explique Julie Pépin. Elle a commencé par réinstaurer les cérémonies commémoratives du 8 mai et du 11 novembre. La présence d’une quarantaine de personnes à celle du 8 mai lui a donné raison. Insuffler une nouvelle dynamique, c’est aussi l’ambition de Guillain Gilliot qui a, par exemple, relancé les fêtes de quartier. «On ne va pas renverser la table d’un coup », lâche Paul-Louis Bivaud qui s’inscrit dans la continuité de son prédécesseur. Mais son souhait est «d’apporter un plus à la commune », en mettant l’accent sur le participatif et le collectif, notamment «en encourageant chaque habitant à contribuer à la vie du village ». Ce qui les marque le plus après ces premiers mois d’exercice, ce sont les sollicitations constantes et l’intensité de la fonction. «Je pensais que cela allait ralentir mais pour l’instant, ce n’est pas le cas », souligne Julie Pépin pour qui il a fallu un temps d’adaptation et de compréhension. «Chaque semaine, on se dit que ça va aller mieux et, chaque semaine, ça ne va pas mieux. Dans une journée, on traite tous types de sujets, parfois très techniques, et on se débrouille avec la secrétaire de mairie », témoigne Théo Guigue. «Je devinais ce que pouvait être la vie d’un maire, mais il y a ce qu’on imagine et la réalité, concède Guillain Gilliot. On est vite pris dans un tunnel. » À peine élu, il a eu à s’occuper du budget 2026 qui n’avait pas été voté. «J’ai un master 1 en finances publiques mais dans la pratique, ce n’est pas la même chose. Ce n’était pas une partie de plaisir pour commencer mais une fois passé, on est super fier d’avoir réussi. » Si Paul-Louis Bivaud était déjà au fait des rouages de la vie communale en tant que premier adjoint, enfiler l’écharpe de maire a changé la donne : «Quand vous êtes adjoint, vous êtes plutôt joueur. Quand vous devenez maire, vous êtes plus capitaine, vous devez faire les choses mais aussi savoir déléguer et répartir » le travail. Un volet organisationnel important auquel il a dédié du temps : «je ne serai pas forcément autant présent que l’ancien maire qui était retraité. Il a fallu trouver des ajustements avec l’équipe ». Des ajustements indispensables pour concilier mandat, études ou vie professionnelle, et vie privée. Guillain Gilliot parle même «d’un changement radical ». Être maire implique de devoir faire des concessions. «On représente son village, il y a une image que l’on renvoie et on ne peut pas faire tout ce que les jeunes font », reconnaît Julie Pépin. Leur âge leur confère aussi une autre vision sur la manière d’exercer leur mandat. «À 26 ans, on a ce culot d’oser, cette volonté de vouloir que tout de suite les choses bougent, une réactivité un peu différente de celle d’un maire plus installé », estime Guillain Gilliot. «Il y a vraiment cette volonté d’avancer, avec une nouvelle énergie. Sans dire pour autant que les anciens ne faisaient pas. C’est différent », souligne Théo Guigue. Lui comme Julie Pépin parlent d’un monde qui change beaucoup et vite. «Rien que sur l’aspect numérique, il faut être un minimum calé pour s’en sortir », souligne-t-elle. Pour centraliser les informations, Paul-Louis Bivaud a mis en place un groupe WhatsApp avec les conseillers municipaux. Tout comme Guillain Gilliot : «Cela a été un bouleversement pour certains qui n’avaient pas l’habitude de ce fonctionnement. Aujourd’hui, ça ne gêne plus personne. » Les réseaux sociaux occupent par ailleurs une place centrale dans le quotidien de ces jeunes élus. Guillain Gilliot et Théo Guigue n’hésitent pas à s’en servir pour faire parler de leur village, mais aussi «pour communiquer en toute transparence », précise le maire de Marmagne. Si elle n’a pas encore franchi le pas pour la communication de sa commune, Julie Pépin confie avoir déjà répondu à des personnes qui l’y ont interpellée. Tous acceptent aussi le jeu de la médiatisation avec un objectif : inciter les jeunes à s’engager. «C’était l’un de mes rêves et il faut oser », témoigne Guillain Gilliot, qui appelle l’État à continuer à travailler sur le statut de l’élu (lire encadré ci-contre) «pour créer des vocations chez des jeunes qui n’y songent pas ».

 

TÉMOIGNAGE
Théo Guigue,           maire de Sauzet (Gard, 853 habitants)
« En devenant maire, ma vie a basculé »
En devenant maire pour la première fois, que ce soit d’un village ou d’une ville, votre vie change et ma vie a basculé, totalement. Le téléphone reste allumé nuit et jour. Mes journées commencent avant 7 heures et se terminent tardivement. Sincèrement, cela demande des sacrifices sur le plan de sa vie privée et encore plus à 24 ans, parce que je suis en déphasage avec les personnes de mon âge. Cela m’a déjà fait énormément grandir, et peut-être même trop parfois, la fonction me rappelant très souvent. La contrepartie, c’est cette fierté autour de moi. J’ai été porté par tous les habitants, que ce soit par les plus jeunes mais aussi les plus anciens, qui viennent encore aujourd’hui me dire qu’ils sont heureux de me voir à la mairie. Avec la médiatisation, j’ai eu beaucoup de remerciements de jeunes personnes. Il ne faut pas croire qu’elles ne s’intéressent plus à la politique ou à la vie de leur village. Elles s’engagent dans des associations, à la mairie avec l’envie de faire vivre leur territoire. C’est le cœur battant de nos communes. »
 
Loi «élu local » : mesures pour les jeunes 
La loi du 22/12/2025 portant création d’un statut de l’élu local prévoit des mesures pour faciliter l’engagement des jeunes dans la vie municipale. Les conseillers municipaux régulièrement inscrits dans un établissement d’enseignement supérieur situé hors de leur commune peuvent être, selon des modalités définies par délibération du conseil municipal, remboursés des frais de déplacement engagés pour se rendre aux séances et réunions ouvrant droit aux autorisations d’absence. Par ailleurs, les élus étudiants peuvent disposer d’aménagements de leurs études (art. D.611-9 du Code de l’éducation). Les compétences acquises dans le cadre d’un mandat électif public seront validées au titre de leur formation, selon des modalités fixées par décret (lire aussi p. 57).

 

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