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Maires de France
Solutions locales
juin 2021
Sécurité - sécurité civile

Créer un groupe local de traitement de la délinquance

À Joigny (89), ce dispositif judiciaire favorise les échanges entre les acteurs locaux et la prise rapide de décisions. Par Thierry Guerraz

Illustration
© Antony Prosper
Les échanges, à huis clos, portent sur des actes d'incivilités, la déscolarisation, l'économie souterraine, etc.
Pendant longtemps, Joigny (9 500 hab.) a eu le sentiment de ne pas être suffisamment informée sur la lutte contre le trafic de stupéfiants, certes localisé, qui mettait à mal la quiétude de la ville. « Face à nos demandes d’informations, nous n’avions aucune nouvelle de la justice. Il n’y avait pas de contact ni de suivi des affaires », affirme le maire, Nicolas Soret, soulignant en plus un sous-effectif à la gendarmerie. Jusqu’au jour où la ville a décidé de prendre le taureau par les cornes en interpellant Nicole Belloubet, la Garde des Sceaux, pour lui confier son désarroi. La ministre se rend sur place, en mai 2018, et annonce la création d’un groupe local de traitement de la délinquance (GLTD) afin de mieux lutter contre les incivilités du quotidien et la petite délinquance. La première séance se tient quatre mois plus tard. Près de trois ans après, Nicolas Soret n’est pas avare de compliments sur un dispositif qui a changé beaucoup de choses : « C’est un outil d’une grande efficacité qui favorise la réactivité. Les différents acteurs peuvent enfin échanger dans des conditions optimales, ce qui permet d’ajuster les réponses aux difficultés que nous rencontrons. » Arnaud Laraize, procureur au tribunal de Sens, co-président du GLTD, s’en félicite également : « La justice a tendance, et c’est logique, à se concentrer sur son cœur de métier et les relations avec les élus ne viennent malheureusement qu’en bout de chaîne. Le GLTD réactive ce dialogue. » Complémentaire du conseil local de sécurité et de prévention de la délinquance (CLSPD), le GLTD aborde, à chacune de ses séances, des situations concrètes, plus ou moins graves : actes d’incivilités, déscolarisation, économie souterraine ou violences intrafamiliales.

 

10 à 20 cas sont étudiés à chaque réunion. L’occasion de faire le point sur des mineurs – pour l’essentiel – afin de mettre en place des mesures adéquates (suivi scolaire, suivi social des familles, etc.).

 

Des résultats déjà probants

Les échanges, à huis clos, concernent particulièrement les mineurs. On y cite précisément les agissements et l’évolution de jeunes âgés en moyenne de 16 à 20 ans, afin de mettre en place des mesures adéquates. Entre 10 et 20 cas sont abordés en réunion, nominativement. « Plus on cible, plus c’est efficace », soutient Arnaud Laraize. Les échanges sont encadrés par une charte de confidentialité. « Les sujets ne s’enkystent pas parce qu’ils sont traités très vite. L’idée est de suivre pas à pas les jeunes en difficulté, dans leur scolarité, leur cellule familiale ou leurs fréquentations », explique ­Nicolas Soret. Le rythme régulier, avec des séances toutes les six à huit semaines, est aussi garant d’une certaine efficacité. Le maire de Joigny cite un exemple éclairant : « Nous évoquions un jour, en GLTD, le cas d’un jeune qui avait fait l’objet de la part du procureur de la République d’une “  interdiction de paraître  ”, mesure consistant à éloigner l’auteur des faits du lieu de l’infraction. Or, l’information n’était pas parvenue à la gendarmerie de Joigny. Elle l’a appris grâce au GLTD… et le jeune en question a pu être interpellé. » Un bon exemple de coordination des actions entre les services de la gendarmerie, de la justice et les élus. Le GLTD de Joigny a évolué. Concentré sur une rue à l’origine, en raison des tensions qui s’y accumulaient, il s’est élargi à toute la ville. Avec un résultat probant : le démantèlement d’un trafic de drogue associé à des dégradations sur la voie publique. De fait, les décisions en GLTD sont rapides comme le précise Arnaud Laraize : « Il nous arrive de sauter des étapes en évitant les simples rappels à l’ordre et en intensifiant les comparutions immédiates en cas d’antécédents judiciaires. Pour autant, le tout-répressif a ses limites si on ne l’associe pas à des accompagnements sociaux. » Le GLTD permet cette coordination des réponses policières, judiciaires et sociales. 

 

Une multiplicité d'acteurs
Composé de 15 membres, le groupe local de traitement de la délinquance est co-présidé par le maire de Joigny, Nicolas Soret, et par les procureurs d’Auxerre, Hugues Thily, et de Sens, Arnaud Laraize, les deux juridictions dont dépend Joigny. À leurs côtés, on trouve des bailleurs sociaux, des membres de la police municipale, de la gendarmerie, du conseil départemental de l’Yonne, de la protection judiciaire de la jeunesse, de l’Éducation nationale et des médiateurs de la ville.
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Cet article a été publié dans l'édition :

n°391 - JUIN 2021
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