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Interco et territoires
27/03/2026 MARS 2026 - n°443
Citoyenneté Santé Sécurité - sécurité civile Social

Dérives sectaires : la Mayenne renforce sa vigilance

La préfecture a installé une cellule départementale de prévention associant de nombreux partenaires.

Par Sophie Le Gall
« De la vigilance ». Tel est le mot d'ordre de la préfecture de la Mayenne pour détecter les dérives sectaires et appuyer
les maires sur le terrain.
© Préfecture de la Mayenne
« De la vigilance ». Tel est le mot d'ordre de la préfecture de la Mayenne pour détecter les dérives sectaires et appuyer les maires sur le terrain.
Les dossiers de suspicion de dérives sectaires remontant en préfecture représentent au maximum deux ou trois cas par an, avec parfois des années blanches », souligne Pauline Bocquet, sous-préfète et directrice de cabinet de la préfète de la Mayenne (307 700 habitants). Et pourtant, la préfecture applique un principe clé : «De la vigilance ! »

Elle vient ainsi de renforcer cette lutte, engagée depuis plusieurs années avec des partenaires institutionnels, dont la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes), en créant une «cellule départementale de prévention des dérives sectaires ».

Ce dispositif partenarial est issu de la loi du 10 mai 2024 et a été précisé par une circulaire du 5 août 2024 qui mentionne la création d’un «groupe de travail de prévention et de lutte contre les dérives sectaires » au sein du «conseil départemental de prévention de la délinquance et de la radicalisation et de lutte contre la drogue, les dérives sectaires et les violences faites aux femmes ».
 

« Un espace de travail collectif »

Co-présidée par le préfet et le procureur de la République, la cellule rassemble l’ensemble des services déconcentrés de l’État concernés, les responsables des ordres professionnels de santé, les responsables d’université, d’établissement de santé, d’organisme de Sécurité sociale (CAF, MSA, etc.), les associations (élus locaux, spécialisées dans le domaine des dérives sectaires, aide aux victimes) et la Miviludes, qui y est systématiquement associée.

En Mayenne, la cellule, qui se veut «un espace de dialogue et de travail collectif », s’est dans un premier temps réunie, en décembre 2025, autour des services déconcentrés de l’État, du parquet et des associations de défense des victimes afin d’évoquer les signalements et de coordonner les moyens de prévention. «L’intervention de la Miviludes permet de prendre connaissance des tendances des dérives, des nouveaux mouvements naissants. On a ainsi pu mieux comprendre le courant du masculinisme et du féminisme radical », précise Pauline Bocquet.

Dans un second temps, la préfecture a invité, fin janvier 2026, les présidents d’EPCI afin de leur transmettre ces enseignements et de leur rappeler leur rôle de relais sur le terrain auprès de l’ensemble des maires, notamment à travers le conseil intercommunal de sécurité et de prévention de la délinquance (CISPD). Les maires «sont les mieux placés pour remarquer et investiguer, par exemple sur l’installation dans les rues de leur commune de cabinets tournés vers le bien-être, une des couvertures des sectes, sans oublier les zones rurales, les mouvements sectaires appréciant la discrétion pour se développer », estime la directrice de cabinet.

« On peut être tenté de laisser le sujet de côté car il est, en volume, marginal, mais ce serait une erreur, confirme Yves Paillasse, adjoint à la tranquillité publique de la commune de Mayenne (12 900 habitants). Il faut savoir comment réagir, connaître les interlocuteurs clés, en ce qui nous concerne et en premier lieu, la gendarmerie. Les services municipaux tentent de détecter des signaux faibles à travers l’implantation de commerces, les demandes de logement. Le CCAS est aussi dans la boucle, avec le suivi de situations familiales sensibles qui pourraient déraper. »

Nommée, en janvier 2026, secrétaire générale du Comité interministériel de prévention de la délinquance et de la radicalisation (SG-CIPDR) et présidente de la Miviludes, Patricia Mirallès souligne qu’« aucun type de territoire n’est épargné par les dérives sectaires. Il existe néanmoins des particularités selon les territoires. C’est précisément l’intérêt de ces cellules départementales de relayer ces préoccupations et, le cas échéant, les difficultés rencontrées ». En Mayenne, la cellule départementale se réunira chaque mois. 
 

Hausse sensible des signalements 
Le rapport de la Miviludes 2022-2024 (d’avril 2025) souligne une hausse constante des signalements (+ 110 % depuis 2015). Autrefois cantonnées à la sphère religieuse, cultuelle et spirituelle, les dérives sectaires concernent aujourd’hui la santé – accroissement des thérapies alternatives et des pratiques non conventionnelles de soin –, le bien-être et le coaching.
Le rapport appelle à renforcer la formation des professionnels (enfance, santé, police, gendarmerie) et des élus locaux. 

 

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Cet article a été publié dans l'édition :

n°443 - MARS 2026
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