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Maires de France

L'actu
07/09/2026 SEPTEMBRE 2026 - n°448
Entretien Sécurité - sécurité civile

Général Hubert Bonneau : " Je suis pour la coproduction de sécurité avec les maires "

Le général Hubert Bonneau, directeur général de la gendarmerie nationale (DGGN), a répondu à Maires de France sur l'état de la délinquance en France, l'évolution de l'organisation territoriale des gendarmes et leur partenariat avec les élus locaux.

Propos recueillis par Bénédicte Rallu et Xavier Brivet
« Le gendarme doit connaître l'ensemble des acteurs de son territoire et échanger avec les maires », selon le directeur général de la Gendarmerie nationale, le général Hubert Bonneau.
© Gendarmerie/SIRPA/C.HAUTIER
« Le gendarme doit connaître l'ensemble des acteurs de son territoire et échanger avec les maires », selon le directeur général de la Gendarmerie nationale, le général Hubert Bonneau.

 

Narcotrafic, rodéos urbains, cyberattaques…, la criminalité et la délinquance explosent-elles ?

Oui, nous avons des augmentations dans tous les domaines, notamment depuis le Covid-19. Sur dix ans, nous avons une hausse d’environ 25 % de la délinquance. Nous recevons 11 millions d’appels par an au «17 » et nos interventions ont bondi de 50 %. Les violences intrafamiliales nous impactent de plein fouet. Les gendarmes sont aussi confrontés à la délinquance du quotidien, comme les rodéos motorisés qui ont lieu partout. De janvier à mai 2026, nous avons eu 11 000 interventions pour ce type de faits, soit une hausse de 20 % par rapport à la même période en 2025.

En matière d’incivilités, de contestations des forces de l’ordre, nous avons eu 15 000 refus d’obtempérer en zone gendarmerie en 2025, soit un toutes les 40 minutes… Les gendarmes subissent aussi ce niveau de violence : 5 000 gendarmes agressés en 2025 (+ 50 % par rapport à 2019), 42 blessés par arme à feu et, en 2026, déjà 3 militaires décédés en service. Le niveau de violence touche tous les domaines de la société et l’ensemble du territoire national. Et je ne parle pas de la criminalité organisée.
 

Le milieu rural est-il devenu la base arrière du narcotrafic ?

Toutes les communes sont concernées. Le trafic se développe car la consommation augmente et plus il y a de monde, plus les prix baissent à peu près pour tous les produits. Nous avons constaté 58 000 infractions liées aux stupéfiants sur les six premiers mois de l’année (53 000 sur la même période en 2025), dont 2 000 trafics (avec une véritable structure). La gendarmerie doit s’adapter en permanence pour faire face. 680 points de deal ont été démantelés en zone gendarmerie sur le premier semestre 2026, contre 578 pour la même période en 2025.

En face, les délinquants s’adaptent aussi. Aujourd’hui, ils livrent en passant beaucoup par les réseaux sociaux, c’est ce qu’on appelle la «plateformisation » des trafics. Ça se développe partout. Dans les campagnes, nous trouvons des implantations de laboratoires comme l’illustrent plusieurs affaires récentes de démantèlement (dans l’arrière-pays varois, le centre de la France et dans l’est autour de Dijon). Le trafic utilise toujours plus les technologies, notamment numériques. Nous devons être réactifs.

Nous avons créé l’Unité nationale de police judiciaire (UNPJ), véritable «régiment judiciaire » de 1 200 enquêteurs, car il nous manquait une vision nationale pour lutter plus efficacement contre la criminalité organisée. Dans l’affaire de la DZ Mafia, cela nous a permis de casser la structure. En mars dernier, 46 personnes ont été interpellées.
 

• Comment agissez-vous sur la prise en charge des violences intrafamiliales (VIF), des violences faites aux femmes et aux enfants ?

En 2025, 195 000 plaintes pour VIF ont été enregistrées par les gendarmes, plus de 30 000 plaintes pour des atteintes sexuelles sur mineurs (3 fois plus qu’en 2016 ). C’est une priorité absolue !

Les violences intrafamiliales touchent toutes les classes sociales et représentent 39 % des gardes à vue de la gendarmerie. Pour les mineurs victimes, en 2025, nous avons réalisé 35 750 auditions dans nos salles Mélanie [adaptées à leur prise en charge]. Nous avons au sein de la gendarmerie des intervenants sociaux (ISG) qui travaillent avec les enquêteurs afin d’assurer un maximum de transversalité avec tous les partenaires du secteur social et, in fine, mieux accompagner les victimes. Nous avons formé 10 000 gendarmes aux auditions de mineurs et chaque unité territoriale dispose d’un référent «violences intrafamiliales ».

Par ailleurs, les 100 maisons de protection des familles (une dans chaque département) sont des unités d’appui prenant en compte les auditions de victimes les plus vulnérables. Elles mènent des actions de prévention et partenariales.

Dans ce contexte où la mobilisation de toutes les énergies est indispensable, nous devons collaborer étroitement avec les maires et les associations. Une femme battue, quand elle a déposé plainte, ne peut pas retourner chez elle. Certains maires ont créé des logements d’accueil. Dans le dispositif, les maires, les conseils départementaux nous aident. Le gendarme ne peut pas agir seul. C’est vraiment un réseau qui est mis en place et qui fonctionne bien. Les maires ont un rôle d’alerte et d’accompagnement des victimes.
 

• Comment la gendarmerie adapte-t-elle son organisation territoriale ?

La gendarmerie est d’abord une force armée dont la vocation est la couverture des territoires. Le maillage territorial est essentiel : 3 123 brigades couvrent 95 % du territoire et plus de la moitié de la population française. Ma priorité est le contrôle des flux (routes, autoroutes, voies ferrées, voies navigables, ports, trait de côte…), par lesquels transitent les trafics de stupéfiants, d’armes, d’êtres humains. Pour ce faire, nous avons besoin de renforcer nos points d’appui territoriaux.

Les 239 nouvelles brigades, annoncées en 2023 par le chef de l’État, apportent ces appuis supplémentaires (80 ont déjà été créées en 2024 et 58 cette année). Il nous en manque 101, soit 1 145 postes équivalents temps plein (ETP). L’objectif est de les créer en 2027. Tous les départements ont eu, a minima, une brigade, avec parfois jusqu’à quatre pour les plus peuplés.

Nous avons également les Gendtrucks, ces camions qui vont de village en village assurer des permanences. Ces dispositifs mobiles sont complémentaires des permanences qu’on peut assurer dans les mairies, les maisons France services. Ces brigades mobiles permettent d’aller encore plus au contact de la population.
 

• Où commence et où s’arrête le rôle des élus locaux dans le continuum de sécurité ?

Le maire est le premier acteur de la sécurité sur la commune. Nous devons écouter ses priorités : déchets, incivilités, occupations illicites de terrain, stupéfiants, cambriolages... Pour que cela fonctionne, il faut un dialogue quotidien. Nous avons des gendarmes référents pour les élus. Les maires, les adjoints doivent avoir les numéros du commandant de brigade, de son adjoint, d’un maximum de gendarmes. C’est essentiel. Le gendarme doit connaître l’ensemble des acteurs de son territoire et échanger avec les maires. Tout part des constatations de terrain. Dès qu’il y a un signalement, une suspicion, la gendarmerie doit traiter. On est vraiment sur une coproduction de sécurité.
 

• Comment articuler gendarmerie et police municipale quand elle existe ?

Deux tiers des polices municipales se situent en zone gendarmerie (2 600 polices municipales sur 4 592). La plupart n’ont que deux ou trois agents. Je milite pour la présence de gardes champêtres car ils connaissent véritablement les territoires. On ne peut pas faire reposer la sécurité publique sur les seules polices municipales, ce n’est pas sérieux.

Je suis pour la coproduction de la sécurité, comme à Vitré (35) ou Vitry-le-François (51) où des échanges quotidiens ont lieu entre gendarmes et policiers municipaux. Les gendarmes ont même un bureau au sein de la police municipale. Mais ils ne la commandent pas ! C’est ça le continuum. Un garde champêtre va être le premier acteur dans la lutte contre les dépôts sauvages. Il apporte des éléments aux gendarmes qui, ensuite, font légalement ce que le garde champêtre ne peut pas faire. La police municipale fait respecter les arrêtés du maire. On ne se décharge pas sur ces forces.
 

• En ce début de mandat, quel est le niveau des violences faites aux élus ?

Le Centre d’analyse et de lutte contre les atteintes aux élus (CALAE) a relevé 2 478 procédures judiciaires pour atteintes aux élus en 2025, ce qui était à peu près stable par rapport à 2024. En revanche, un pic a été constaté lors de la campagne des élections municipales.

Avant les élections, nous avons recensé 1 300 atteintes contre les élus dont 67 % d’agressions verbales. Un élu sur 10 a été victime physiquement. Et puis, il y a eu des dégradations de biens (véhicules, habitations), la diffusion de messages haineux, le cyberharcèlement. Nous accompagnons systématiquement et spécifiquement un élu victime dans le cadre de ses fonctions à travers nos dispositifs dédiés (lire ci-dessous).
 

Atteintes aux élus, sécurité locale : les dispositifs de la gendarmerie
Lorsqu’un élu est agressé, les gendarmes se déplacent systématiquement auprès de lui pour recueillir sa plainte et l’accompagner. Les élus peuvent se voir proposer un bouton d’appel qui sonne directement chez des personnes de confiance en cas de problème et géolocalise l’élu, ce qui peut conduire à une intervention rapide ou mobiliser des patrouilles devant le domicile, etc. La gendarmerie apporte une aide psychologique en partenariat avec France victimes, assure des formations (élaborées par le GIGN).
Les maires peuvent contacter directement le procureur via une boîte mail dédiée aux élus. Par ailleurs, des référents sûreté réalisent des diagnostics sûreté à la demande des élus. Gend’élus est une plateforme numérique d’accompagnement des élus (atteintes à l’environnement, cybermenaces, sécurité locale et téléservices).

 

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