Vieillissement : comment les collectivités s'adaptent
Sport, mobilité, aménagement des espaces publics, solidarités de proximité : face aux défis de l'allongement de la durée de vie, communes et intercommunalités disposent de leviers d'action. Elles privilégient le partenariat avec de nombreux acteurs en s'appuyant notamment sur le réseau « Villes amies des aînés ».

En attendant, les communes et leurs groupements s’organisent. Aux côtés des régions en charge du financement des formations sanitaires et sociales, des départements, chefs de file de l’action sociale, des agences régionales de santé (ARS), du service public départemental de l’autonomie (SPDA), le bloc local agit dans le domaine de la prévention et de la prise en charge sociale et médico-sociale. Cela, non sans questionnement des élus sur les priorités, la méthode ou encore les moyens de communiquer auprès des intéressés sur les actions mises en œuvre.
Investies depuis longtemps sur le sujet, certaines communes choisissent néanmoins de réinterroger l’ensemble de leurs politiques publiques à l’aune de l’avancée en âge de leurs habitants. Certaines optent pour la méthodologie «Villes amies des aînés » de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). C’est le cas de Darnétal (9 700 habitants, Seine-Maritime) qui, à l’issue d’un diagnostic, a identifié plusieurs points forts dont son dispositif «Sport seniors » – un programme d’activité physique adaptée que la commune développe depuis 2011. «Cela a pris de l’ampleur. Face à la demande très forte, nous proposons désormais trois créneaux. Les participants peuvent ainsi préserver leur mobilité et prévenir les accidents domestiques », notamment les risques de chute, témoigne le maire, Christopher Langlois.
Au-delà du sport, la commune met en avant une riche programmation d’activités culturelles et de loisirs, valorisée en particulier lors d’une «Semaine bleue » dynamique qui fédère des partenaires – dont plusieurs associations – et qui «touche, chaque année, plus de 500 personnes ».
Proposer des actions et services de proximité
L’implication d’un grand nombre d’élus et de partenaires a aussi permis à la communauté de communes (CC) du Pays de Mormal (52 communes, 48 000 habitants, Nord), qui a été la première «communauté amie des aînés », d’adapter toujours plus finement ses politiques au vieillissement de la population. Prévention, lutte contre l’isolement, mobilité, accès à la culture, communication, habitat, aide aux aidants : sur chacune de ces thématiques, un groupe de travail est piloté par un élu (souvent un maire).
Ces groupes intègrent des partenaires – le centre local d’information et de coordination (Clic), la caisse de retraite, la plateforme de répit ou le département – et des personnes de l’assemblée des seniors. Cette mobilisation a en particulier permis l’émergence et le développement du service de transport d’utilité sociale (TUS), porté par l’association Familles rurales, en lien étroit avec la communauté de communes, qui bénéficie d’une aide du Crédit agricole. «Il y a trois ans, nous avions une dizaine de chauffeurs bénévoles au démarrage. Maintenant, nous en avons 57, avec de 3 000 à 4 000 transports par an », explique Denis Lefebvre, vice-président chargé de l’action sociale au sein de la communauté. Les chauffeurs sont, pour beaucoup, de «jeunes retraités » et certains effectuent cinq à six trajets par semaine. La démarche rencontre un tel succès qu’elle pourrait être mise en œuvre dans d’autres territoires de la région des Hauts-de-France.
Agir en proximité et favoriser la solidarité est également une priorité pour la commune des Gonds (1 850 habitants, Charente-Maritime) qui s’appuie, comme une centaine de communes du département, sur le dispositif «L’heure civique ». Initiée par Atanase Périfan, le fondateur de la Fête des voisins, la démarche consiste à permettre à chacun d’aider la commune, une association ou ses voisins, selon ses appétences et disponibilités, même à raison d’une heure par mois.
« Nous avons une quarantaine de volontaires assez actifs, dont 60 à 70 % de seniors. Nous avons commencé il y a trois ans et cela fonctionne très bien », se réjouit le maire, Alexandre Grenot, qui cite des missions diverses – animation à la médiathèque, accompagnement de sorties scolaires, bricolages chez des particuliers… Si les volontaires s’inscrivent sur une plateforme dédiée, la commune garde un rôle crucial pour faire connaître le dispositif, recenser et trier les demandes d’aide – encourager ceux qui «n’osent pas » demander tout en freinant les quelques personnes qui «abuseraient » de ces services gratuits.
Si l’impact de ces actions sur le lien social est établi, la lutte contre l’isolement et le repérage de certaines personnes «invisibles » restent un défi, comme le souligne le maire de Darnétal. Sur ce point, les maires devaient déjà tenir, depuis la canicule de 2003, un registre nominatif des personnes âgées et des personnes en situation de handicap vivant à domicile dans leur commune.
Repérer les personnes et diffuser l’information
En juillet dernier, l’État a modifié en profondeur les modalités de tenue de ce registre communal. Surtout, le décret n° 2026-590 du 3 juillet 2026, pris en application de la loi sur le «bien-vieillir » du 8 avril 2024, en élargit les finalités. Ce registre ne doit pas seulement servir à «organiser un contact périodique » avec les personnes fragiles, mais aussi permettre aux services communaux de lutter contre le non-recours aux prestations sociales et «proposer des actions (…) visant à lutter contre l’isolement social ». Les maires pourront désormais utiliser ce registre tout au long de l’année en cas de crise (canicule, crise sanitaire...).
Cette évolution pourrait aider les élus à communiquer sur les actions déployées en faveur des personnes âgées, en plus des nombreuses actions déjà engagées pour les informer. Les assemblées d’aînés, mises en place dans certains territoires, contribuent par exemple à rompre l’isolement de certaines personnes et facilitent la circulation des informations utiles aux habitants âgés. C’est ce qu’a remarqué Marie-Claude Barnay, présidente de la CC du Grand Autunois Morvan (55 communes, 35 106 habitants, Saône-et-Loire), elle aussi labellisée «amie des aînés ».
Si le diagnostic réalisé dans ce cadre a permis de valoriser les nombreuses actions qui étaient déjà portées par l’EPCI, il a fait émerger une réelle difficulté : celle de la communication. Selon l’élue, tant que l’on n’est pas confronté à la situation, «on n’a pas trop envie de savoir comment ça se passe quand on rentre dans un établissement pour personnes âgées, ou comment mettre une rampe chez soi quand on a des problèmes de mobilité ».

Avec son assemblée des aînés, composée de 30 personnes dont 15 à 20 régulièrement actives, la communauté a donc réalisé, en 2025, un «guide des aînés » recensant toutes les informations et adresses utiles dans les domaines des solidarités, du transport, des services de soins et d’aide à domicile, de l’habitat, de l’accès aux droits, de la culture et des loisirs. Les habitants ayant participé ont été «moteurs et forces de proposition aux côtés des élus et des services », souligne Marie-Claude Barnay, qui ajoute que ces personnes sont aussi «des ambassadrices » auprès des autres.
La CC du Pays de Mormal s’efforce, elle, de déployer la plateforme «Mormal et vous », destinée à répertorier toutes les prestations du territoire s’adressant aux personnes âgées et aux personnes en situation de handicap. «C’est un projet que l’on porte depuis plusieurs années et qui n’a pas encore toute l’ampleur que l’on voudrait parce qu’il faut convaincre les partenaires de s’y référencer, les accompagner, puis en faire la promotion auprès du public », souligne Denis Lefebvre, vice-président chargé de l’action sociale.
Des «guichets uniques » voient également le jour dans différents territoires, à l’instar du «pôle seniors » de Saint-Quentin (55 000 habitants, Aisne) destiné à être avant tout un lieu d’accueil et d’écoute, un «relai entre les habitants, les services de la collectivité, le centre communal d’action sociale (CCAS) et les structures locales et nationales ».
Articuler action communale et intercommunale
Adjointe au maire d’Autun et vice-présidente de la CC du Grand Autunois Morvan et du centre intercommunal d’action sociale (CIAS), Monique Gatier souligne le rôle irremplaçable des communes pour diffuser en proximité des informations – et plus globalement agir concrètement pour faciliter le quotidien des habitants. Parallèlement à la démarche intercommunale, plusieurs communes du territoire, dont la ville d’Autun, se sont donc lancées dans la démarche «Villes amies des aînés ».
Le même phénomène s’observe à la CC du Pays de Mormal, où 14 des 50 communes ont rejoint ou s’apprêtent à rejoindre le Réseau francophone des villes amies des aînés (RFVAA, lire notre article et ci-dessous) qui compte en tout 400 adhérents dont une centaine de territoires labellisés. À en croire les élus, la répartition des rôles s’effectue aisément : la commune décline concrètement des actions de proximité : installation de bancs et autres aménagements pour favoriser des «cheminements doux », ouverture de locaux dédiés à la convivialité, programmation de l’habitat et promotion notamment de petites surfaces et de projets d’habitat intermédiaire.
De son côté, l’EPCI œuvre en faveur d’une sensibilisation et d’un accompagnement des élus et ajuste également ses propres politiques – notamment la mobilité, l’adaptation du logement à travers l’organisation de permanences avec France Rénov’ ou encore le développement économique. La CC du Grand Autunois Morvan travaille actuellement avec les commerçants pour qu’ils mettent en place des petites attentions «bienveillantes » vis-à-vis des personnes âgées – proposer un verre d’eau, un endroit où s’asseoir ou encore un accès à des toilettes.
« C’est une accumulation de petites choses dont nous sommes fiers », met en avant Marie-Claude Barnay, qui évoque encore des initiatives intergénérationnelles et la nécessité de créer des occasions d’échanges entre jeunes et aînés. Que représente pour une commune ou une intercommunalité le coût d’un tel processus d’adaptation au vieillissement de la population ? L’estimation est d’autant plus difficile que toutes les politiques de la collectivité sont concernées.

À Darnétal, Christopher Langlois indique un budget de l’ordre de 300 000 euros, ce qui comprend le coût de «gros dispositifs » tels que le portage de repas et les frais de personnel, dont un poste d’animatrice seniors et du personnel de la résidence autonomie et du centre social. Cet investissement est «normal » parce qu’il est «en corrélation avec le vieillissement de la population », selon le maire qui évoque les aides du département en particulier.
Au niveau intercommunal, le coût correspond au financement de dispositifs ciblés – par exemple, 60 000 e pour l’activité physique adaptée à domicile au Pays de Mormal. «Le fait de rassembler les communes, l’EPCI et les citoyens ne coûte pas si cher », estime Denis Lefebvre, qui ajoute que l’ingénierie apportée aux communes est aussi financière avec une aide à l’instruction de dossiers. Les collectivités peuvent notamment solliciter des financements du Fonds d’appui pour les territoires innovants seniors (Fatis), financés par la Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie (CNSA, lire ci-dessous). La Conférence nationale de l’autonomie, prévue à l’automne, sera peut-être l’opportunité de nouveaux financements de l’État même si le contexte budgétaire tendu laisse les élus sceptiques à ce stade.
En tout cas, la volonté d’agir des maires ne faiblit pas en ce début de mandat qui permet notamment de procéder à une analyse des besoins sociaux (ABS, lire notre article) dans leur commune et à un recalage éventuel des actions mises en œuvre. Dans les communes de la CC du Grand Autunois Morvan, un questionnaire devrait être adressé aux habitants âgés pour recenser leurs besoins en information, mobilité, lien social et maintien à domicile. À Darnétal, c’est le développement de logements adaptés et le soutien à domicile qui sont prioritaires. La commune pourra s’appuyer sur des séances d’information ouvertes à tous, assurées par des ergothérapeutes et financées par le département.

Pierre-Olivier Lefebvre, délégué général du Réseau francophone Villes amies des aînés (RFVAA)
« Les aînés veulent être des habitants à part entière »
Raccourci : mairesdefrance.com/29067
Cet article a été publié dans l'édition :
- Catastrophes naturelles : soutien aux collectivités et EPCI sinistrés
- Général Hubert Bonneau : " Je suis pour la coproduction de sécurité avec les maires "
- Agriculture : le Parlement adopte un texte qui divise
- La loi Ripost crée de nouveaux délits
- Gaz à effet de serre : l'incinération des déchets soumise aux quotas
- Lutte contre les pesticides : les élus ont des solutions
- Haut-Languedoc : un contrat pour le bois local
- Vieillissement : comment les collectivités s'adaptent
- Saint-Jean-de-Braye (Loiret) veut protéger les mineurs
- Michel Faquin, maire de Parves-et-Nattages (Ain), crée un café associatif pour fédérer les habitants
- Choisir un nom de lieu
- Les autorisations spéciales d'absence plus encadrées
- Jeunes élus : l'engagement chevillé au corps
- Conditions d'exercice du mandat : plusieurs mesures facilitatrices
- Statut de l'élu local : nouveaux motifs d'absence
Maires de France est le magazine de référence des maires et élus locaux. Chaque mois, il vous permet de décrypter l'actualité, de partager vos solutions de gestion et vous accompagne dans l'exercice de votre mandat. Son site Internet, mairesdefrance.com, vous permet d’accéder à toute l'information dont vous avez besoin, où vous voulez, quand vous voulez et sur le support de votre choix (ordinateur, tablette, smartphone, ...).



