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Maires de France
Solutions locales
07/05/2026 MAI 2026 - n°445
Culture Patrimoine Sécurité - sécurité civile

Des clés pour sécuriser les musées

Face aux risques de vol, d'incendie ou autre sinistre, chaque musée peut trouver des solutions adaptées à ses collections et à sa configuration.

Par Véronique Vigne-Lepage
Au musée des Beaux-Arts et d'Archéologie de Besançon (25), pompiers et policiers se sont entraînés, lors d'un exercice alerte incendie en 2022, à évacuer de fausses œuvres pour les protéger en cas de sinistre.
© Louis Jacquot
Au musée des Beaux-Arts et d'Archéologie de Besançon (25), pompiers et policiers se sont entraînés, lors d'un exercice alerte incendie en 2022, à évacuer de fausses œuvres pour les protéger en cas de sinistre.
Depuis le vol par effraction intervenu en octobre dernier au musée du Louvre, l’attention se porte sur la sécurisation des musées : création d’un groupe de travail dédié au sein de la direction générale des patrimoines et de l’architecture du ministère de la ­Culture, mission du député du Loir-et-Cher Christophe Marion qui fait 24 propositions dans son rapport présenté le 20 février, table ronde à l’Assemblée nationale, débat au Sénat…

L’État envisage plusieurs mesures parmi lesquelles la systémisation de contrôles tous les cinq ans et l’obligation de mise en œuvre des prescriptions, ou encore, très attendue par les collectivités, la création d’un fonds de sécurisation des fonds patrimoniaux.

En attendant, chaque musée peut mettre en œuvre des mesures et se faire aider.
 

. Communauté de communes du pays châtillonnais
(107 communes, 21 748 habitants, 21)
Surveiller par caméras «intelligentes »

Présentant notamment le Trésor de Vix, chef-d’œuvre d’art celte, le Musée du pays châtillonnais a vu échouer une tentative d’intrusion, en novembre 2025, grâce aux mesures de sécurisation prises depuis 2020 sur recommandations de la Mission sécurité, sûreté et audit (Missa) du ministère de la Culture. Parmi celles-ci, 32 caméras couvrant l’ensemble des salles (dont certaines offrant une vision à 360°) et reliées à un poste de surveillance permanente à l’accueil et à un autre, au bureau de Méryl Ceresa, assistante de direction en charge de ces dispositifs. Sans compter le recours à une agence de télésurveillance 24h/24.

« On n’est pas loin du bunker, ironise Cécile Zicot, directrice du musée. Mais mon objectif premier, c’est d’éviter que des voleurs entrent. » Aussi, fin 2025, toutes deux ont défini de nouvelles mesures : elle a déposé auprès de la préfecture de Côte-d’Or une demande d’installation de caméras sur la voie publique dès ce printemps, qui seront reliées à son portable et à une nouvelle société de télésurveillance, qui les installe. «Ces professionnels de la sûreté nous ont proposé des caméras de nouvelle génération, capables de détecter une présence et de déterminer si elle est humaine avant même qu’il y ait de choc sur une fenêtre », explique la directrice.

Mieux : utilisant l’intelligence artificielle, ces caméras extérieures peuvent déclencher celles de l’intérieur pour faciliter l’intervention des gendarmes. Un système utile aussi en cas d’incendie : le plan de sauvegarde des biens culturels (PSBC), en cours d’élaboration, prévoit que le président de la communauté de communes et un agent résidant à proximité du musée puissent suivre les images sur leur téléphone, de manière à guider les sapeurs-pompiers. www.chatillonnais.fr
 

. Besançon (120 057 habitants, 25)
Planifier et former

Au musée des Beaux-Arts et d’Archéologie de Besançon, l’incendie de Notre-Dame de Paris a poussé la ville à demander à Charlotte Maillard, régisseuse des collections, d’élaborer un plan de sauvegarde des biens culturels (PSBC). Dans un «dialogue avec les pompiers », explique-t-elle, les services de conservation ont priorisé les œuvres à évacuer ou à protéger sur place avec des bâches ignifugées, puis des zones de repli ont été définies, ainsi qu’un ensemble de procédures.

Des formations ont aussi été lancées : les sapeurs-pompiers apprennent désormais chaque année à manipuler les œuvres et à les retrouver dans les salles ; et les agents – y compris administratifs – sont formés à connaître l’organigramme propre aux situations d’urgence. «Les collègues de la médiation peuvent, par exemple, avoir à aider à la gestion logistique, illustre Charlotte Maillard. Plus on les acculturera à cela, moins ils seront démunis. » Régulièrement, la régisseuse anime aussi des cafés PSBC sur l’un ou l’autre aspect.

Ce plan a été validé par un exercice grandeur nature inédit, en mai 2022 : une salle d’exposition et des œuvres factices ont été créées, et quelque 100 membres du musée et des services municipaux, des polices nationale et municipale, de la préfecture et du service d’incendie et de secours du Doubs mobilisés. Corrigé sur quelques points à partir du bilan, le PSBC évolue aussi au gré des expositions temporaires, prêts ou restaurations d’œuvres et fera l’objet d’autres exercices. Bien que tout ce travail soit «très chronophage », admet la régisseuse, elle prépare à présent le PSBC des réserves.

Aussi, pour se faire aider en cas d’urgence, le musée a adhéré au Bouclier bleu, une association pouvant adresser des bénévoles formés. www.besancon.fr
 

. Paray-le-Monial (9 256 habitants, 71)
Renoncer à exposer

Exposant un trésor national, la Via Vitae du joaillier Joseph Chaumet, le musée du Hieron, à Paray-le-Monial, était doté de caméras et d’une alarme depuis sa rénovation, en 2005. Mais depuis peu, il doit renforcer sa protection.

Après un premier vol, en 2017, plusieurs mesures ont été mises en œuvre sur recommandations de la Missa, dont un barreaudage renforcé des fenêtres. Celui-ci a fait échouer une tentative d’intrusion, fin 2022, l’alarme incendie s’est déclenchée. Le musée a malgré tout fait à nouveau appel à la Missa qui, en 2023, a établi de nouvelles préconisations : installation de caméras, d’un bouton d’alerte supplémentaires, d’un détecteur de vibrations et chocs sur les vitrines. Toutes ont été concrétisées, hormis l’acquisition d’un diffuseur de brouillard, reportée car coûteuse. Quand le 21 novembre 2025, un braquage armé a conduit à la disparition d’une partie de la Via Vitae, «le représentant de la Missa comme notre assureur ont convenu que nous n’avions fait aucune faute », assure la directrice, Maud Siron.

Le musée a, depuis, fait installer le système de brouillard, mais ce vol violent l’a fait réfléchir. «Il faut aussi prendre en compte l’humain, explique-t-elle. Plus on sécurise les œuvres, plus on augmente le risque d’intrusion de jour et armée. » La protection de l’accueil va être renforcée et des zones de repli créées, mais pour la directrice, «il y aurait eu un intérêt à ne pas présenter le trésor national le temps que le cours de l’or redescende ».

Elle pense désormais suivre une recommandation du ministère : «Si les conditions ne sont pas réunies pour sécuriser certaines œuvres, il faut les retirer de la présentation. C’est un crève-cœur, mais cela les préserve pour les générations futures. » www.paraylemonial.fr
 

Avis d'experte
Juliette Rémy, cheffe du département de conservation préventive au Centre de recherche et de restauration des musées de France (C2RMF)
« la première étape est de recenser les risques majeurs »
« L’appellation Musée de France donne l’obligation de conserver les collections. L’élaboration d’un plan de sauvegarde des biens culturels (PSBC) est vivement recommandée depuis 2019, mais seuls 40 % de ces musées en ont un finalisé et opérationnel. Sans cela, les mesures sont moins ciblées, moins précises, moins efficaces. La première étape est de recenser les risques majeurs. Or dans le contexte de dérèglement climatique, la gestion d’épisodes trop chauds ou trop pluvieux, les risques de moisissures ou d’infestations d’insectes, etc., en font partie.
La conservation préventive, qui concerne toute mesure prise pour ralentir ou empêcher la dégradation des œuvres, n’est souvent pas prioritaire, faute de moyens. Mais on peut faire preuve de bon sens en regardant l’état des collections.
Actuellement, on devient plus souple dans l’application des normes de température ou de degré d’humidité qui ont été publiées, du fait de la recherche de sobriété énergétique et d’économies. Des responsables de musées nous appellent inquiets de ne pas les respecter, mais nous leur disons : “ Si les œuvres vont bien, c’est le plus important. ” »
Photo © LinkedIn/Juliette Rémy

 

Des assurances sur-mesure
La fédération France assureurs n’a pas de doctrine générale pour l’assurance des musées, les mesures de protection demandées par les compagnies dépendant de la nature et de la valeur des collections.
La présence d’objets particulièrement précieux peut ainsi nécessiter des demandes particulières, comme celle de vitrines spécifiques. Le plan de sauvegarde des biens culturels (PSBC) est également souvent exigé pour les collections ou les expositions temporaires les plus importantes.
Enfin, les assureurs recommandent de revoir les valeurs tous les trois à cinq ans, du fait des fluctuations de cours.

 

En savoir +
. Le plan de sauvegarde des biens culturels, C2RMF, septembre 2022. https://c2rmf.fr
. Les webinaires sur le plan de sauvegarde des biens culturels, C2RMF (avec la Missa), 2023 à 2025 : www.youtube.com/@C2RMF_
. Un guide Orsec pour la protection du patrimoine culturel, ministères de l’Intérieur et de la Culture avec Le Bouclier bleu, septembre 2025. www.securite-civile.interieur.gouv.fr
. Rapport gouvernemental sur la sécurisation des collections publiques conservées dans les monuments historiques ou les établissements culturels relevant de la loi-musées, février 2026, Christophe Marion. www.assemblee-nationale.fr

 

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