L'Aude tente de tirer les leçons du mégafeu
À la suite du terrible incendie survenu en août dernier, les acteurs locaux ont lancé plusieurs travaux pour prévenir les dangers futurs.

À Jonquière (50 habitants), 1 200 des 1 300 hectares de la commune ont été traversés par les flammes et 5 habitations totalement dévastées. «Un climat de guerre », selon son maire, Jacques Piraud, qui travaille aujourd’hui avec les 12 autres maires du massif Saint-Victor, inclus dans les Corbières, à la mise en œuvre d’un plan d’aménagement de la forêt contre les incendies (PAFI) : «Une étude menée par le parc naturel régional (PNR) Corbières-Fenouillèdes est en cours, explique l’élu. Le problème de l’accès des camions des pompiers au cœur du sinistre est au centre des préoccupations. Durant l’été 2025, les chemins, trop étroits, se sont avérés impraticables, d’où l’impérative nécessité de créer des pistes adaptées à la défense de la forêt contre les incendies (DFCI). Le mégafeu de 2025 a également mis en exergue l’absence de points d’eau qui ont contraint les secours à puiser dans les réserves d’eau potable des communes. »
La gestion de l’eau constitue un des enjeux majeurs des réflexions en cours : une étude a été lancée par la chambre d’agriculture et le service départemental d’incendie et de secours (SDIS) pour le stockage de l’eau brute, «le but étant, selon Hélène Sandragné, présidente du conseil départemental de l’Aude, de ne plus aller puiser dans l’eau potable des communes ».
Un plan départemental d’action
L’incendie hors norme a souligné l’urgence d’adapter la prévention, les moyens de lutte contre le feu (terrestres et aériens, plans d’évacuation) et la gestion des massifs forestiers et de la végétation particulièrement exposés à la sècheresse. Les maires concernés ont sollicité le département afin qu’il assure une maîtrise d’ouvrage unique au regard de l’étendue de la forêt, morcelée entre propriétaires privés (40 %) et publics (60 %). Le département a donc lancé, un mois après le sinistre, un «plan d’habitabilité pour les Corbières » (soutien aux agriculteurs, DFCI, gestion de l’eau et de l’environnement, aide aux communes pour réhabiliter les abords de village et reconstruire les espaces naturels).
Dans un premier temps, il a fallu parer au plus pressé : l’Office national des forêts (ONF) a procédé à la sécurisation des bords de pistes des 16 communes touchées par le mégafeu avant d’assurer l’accès aux stations d’épuration et aux antennes-relais. Le syndicat mixte «Réseau11 » s’est chargé de protéger l’accès à l’eau potable et l’agence régionale de santé (ARS) d’Occitanie a mené des analyses de la ressource.
À l’avenir, le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) interviendra pour mesurer la ressource souterraine de manière précise. De son côté, le Syndicat mixte de milieux aquatiques et des rivières (SMMAR) a nettoyé les cours d’eau en évitant la formation de gros arbres morts et en enlevant les embâcles susceptibles d’entraver l’écoulement des cours d’eaux en cas de fortes pluies. Des mesures préventives de nature à rassurer Xavier de Volontat, maire de Saint-Laurent-de-la-Cabrerisse, «car mon village a déjà connu de graves inondations par le passé », souligne-t-il (lire notre article sur la protection civile).
Pour mener à bien ces diverses actions, les communes ont bénéficié d’un fonds d’urgence de l’État de 8 millions d'euros, du soutien du département de l’Aude (10 millions d'euros dans le cadre du plan d’habitabilité des Corbières) et de la région Occitanie (10 millions d'euros) tandis que la Fondation du patrimoine et l’Office national des forêts lançaient un appel aux dons.
Replanter avec mesure
L’heure est aujourd’hui à l’inventaire des dégâts causés à la nature. La biodiversité a payé un lourd tribut dans plusieurs secteurs classés Natura 2000, déplore Aurore Lledo, chargée de mission Natura 2000 au parc naturel régional Corbières-Fenouillèdes : «Reptiles, amphibiens, insectes ou oiseaux, dont certaines populations ne pourraient ne jamais se relever, ont été touchés. Au total, d’après nos premières estimations, le feu a impacté une vingtaine d’espèces dont le busard cendré et le circaète Jean-le-Blanc ».
Néanmoins, Aurore Lledo se refuse à trop noircir le tableau : «La végétation reprendra ses droits. Le chêne kermes, d’essence résiliente, représente d’excellents nichoirs pour les oiseaux. Face à cette évolution, la chaîne alimentaire se reconstituera. Reste à savoir quelles espèces seront les plus susceptibles de s’adapter. »
L’ampleur exacte des pertes sera établie au printemps à l’issue de la réalisation d’un inventaire axé sur trois catégories (oiseaux, sauterelles et reptiles) menée par le PNR, en relation avec des universitaires, l’Office français de la biodiversité (OFB), les associations naturalistes et les sociétés de chasse. «Nous souhaitons que toutes ces études soient mutualisées pour éviter les doublons et pour posséder un document unique », précise Aurore Lledo.
Viendra ensuite le temps de la renaturation qui, en tout état de cause, n’interviendra que d’ici à plusieurs mois. La prudence est de mise, comme l’exprime Stéphane Villarubias, directeur des agences territoriales de l’Ariège, de l’Aude et des Pyrénées-Orientales à l’ONF : «La tendance est plutôt aux mesures d’accompagnement à la régénération et non pas à la replantation massive. Le pin d’Alep, espèce inflammable et prédominante dans les Corbières, se revitalise assez facilement. En replanter augmenterait le risque incendie. Il faut aussi avoir à l’esprit que des replantations coûtent très cher, de l’ordre de 10 000 à 15 000 euros l’hectare. »
Les acteurs locaux n’excluent pas cependant de nouvelles plantations d’essences forestières adaptées au changement climatique. Ainsi des pistachiers d’Amérique, des caroubiers et des chênes du Mexique et de Californie, espèces très résilientes, feront l’objet d’une expérimentation.

Hervé Baro, maire de Termes
(49 habitants), président du parc naturel régional Corbières-Fenouillèdes et 1er vice-président du département de l’Aude
« Recréer des espaces
sans forêt »
Raccourci : mairesdefrance.com/28848
Cet article a été publié dans l'édition :
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