Émilie Véron : " Faire connaître la complexité du métier de secrétaire général de mairie "
Émilie Véron, secrétaire de mairie à Obterre (36), préside l'Association nationale des secrétaires généraux de mairie de France créée en avril 2025, qui organise son premier congrès national, le 13 juin, au Vigan-en-Quercy (46).

• Pourquoi une Association nationale des secrétaires généraux de mairie ?
Les secrétaires généraux de mairie ont besoin de se retrouver. À l’origine, quelques associations départementales (Lot, Gard, Ariège, Aveyron, Maine-et-Loire, Seine-et-Marne) ont eu envie de créer un réseau national d’entraide, sur le plan professionnel, face aux difficultés rencontrées au quotidien.
La loi du 30 décembre 2023 sur la revalorisation du métier de secrétaire de mairie a aussi un peu déclenché une réaction. Cette loi est bien mais elle reste insuffisante. Au niveau national, tous les centres de gestion n’ont pas encore mis en place dans leur département les réseaux prévus par la loi.
L’association nationale, lancée le 7 avril 2025, vise à aider à monter des associations départementales. Au niveau national, il s’agit aussi de faire connaître notre métier, sa complexité, son côté humain et de devenir un interlocuteur des pouvoirs publics. Dans le cadre de la loi de 2023, les élus ont été consultés mais les secrétaires généraux de mairie, pas vraiment. Un certain nombre d’agents de catégorie C, en particulier les C1, sont ainsi restés sur le carreau.
• C’est-à-dire ?
La réforme [à compter de 2028, seuls des agents de catégorie A et B pourront être nommés secrétaire général de mairie, NDLR] est positive mais il faut pouvoir passer le concours, c’est-à-dire pouvoir le préparer. Cela demande beaucoup de travail. Or notre métier est très prenant. Le concours de rédacteur, nécessaire pour pouvoir passer en catégorie B, n’est pas adapté à notre métier particulier. Et l’expérience seule ne suffit pas, il faut se préparer. Il faudrait un examen davantage tourné vers ce que l’on fait réellement.
S’agissant de la promotion interne [un système dérogatoire a spécialement été mis en place pour les secrétaires de mairie de catégorie C afin qu’elles puissent passer en catégorie B avant l’échéance de 2028, NDLR], les adjoints administratifs territoriaux (catégorie C1) en sont exclus et les agents situés sur les grades d’avancement (C2 et C3) ont besoin de justifier de plusieurs années d’ancienneté. Certain(e)s ne pourront pas devenir secrétaire général(e) de mairie avant l’échéance de 2028.
• Quels sont les projets de votre association ?
Il faut déjà nous faire connaître et donc développer notre communication. Notre premier congrès national, qui a lieu le 13 juin, au Vigan-en-Quercy (46), constitue pour nous une vitrine. Organisé par l’Association départementale des secrétaires généraux de mairie du Lot (ADSM 46), il permet des rencontres et des échanges autour de la loi de 2023 tout en rappelant aux secrétaires généraux de mairie qu’ils ou elles ne sont pas seul(e)s, et qu’ils ou elles peuvent rejoindre le réseau. L’adhésion est de 15 euros, avec la possibilité d’adhérer via une association départementale elle-même adhérente à l’association nationale.
• Quel message souhaitez-vous transmettre aux maires ?
Nous aimerions avoir davantage de reconnaissance. Même si nous avons de bonnes relations avec nos élus, ils ne se rendent pas compte que le métier de secrétaire général(e) de mairie est hyper prenant. Nous sautons du coq à l’âne tout le temps. Au dernier Congrès des maires de France, une élue de Gironde parlait de polycompétences : c’est exactement ça ! Nous avons une grosse pression et c’est lourd à porter.
Dans un village, le/la secrétaire général(e) de mairie doit tout savoir dans tous les domaines : les personnes qui viennent en mairie sont très gentilles à partir du moment où on leur apporte une réponse. Nous avons des personnes seules qui viennent nous voir pour pouvoir parler à quelqu’un, des personnes âgées qui ont besoin d’aide pour prendre des rendez-vous médicaux ou réaliser des démarches en ligne. Il m’est arrivé avec mon ancien maire de découvrir une personne décédée depuis quatre jours.
Nous pouvons aussi rencontrer des difficultés avec un autre agent, avec un élu. Il n’est pas toujours aisé de demander un appui psychologique dans ces moments-là. Nous ne sommes pas des robots, il y a un aspect très humain dans notre métier, et il est parfois difficile de déconnecter. L’entraide entre secrétaires de mairie est donc primordiale.
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